Luigi Borgato, facteur de pianos, un métier d'art menacé d'extinction


Autodidacte, Luigi Borgato décide à 23 ans de construire un piano pour lui-même. Des décennies plus tard, la prestigieuse marque italienne du même nom aura attiré des acheteurs du monde entier. Mais la pandémie de coronavirus l'a brusquement freinée dans son élan. “Tout s'est arrêté, il n'y a plus de concerts, plus de contacts avec les musiciens. Sans une aide de l'Etat, notre métier risque de ne pas arriver à la fin de la pandémie", se désole ce facteur de pianos passionné, âgé de 58 ans. Luigi Borgato et sa femme Paola, chargée de la partie mécanique, produisent au maximum deux pianos par an, aidés par un seul employé. "Fabriquer des pianos de concert à la main comme nous, il n'y a personne d'autre en Italie, voire dans le monde", assure-t-il. "Mais avec la pandémie, les gens réfléchissent à deux fois avant d'investir dans un piano". D'autant que les prix d'un Borgato oscillent entre 291.000 et 486.000 euros hors TVA, selon les modèles, dont chacun représente plus de 1.850 heures de travail. "Nous sommes le pays de l'art, mais le métier de facteur de pianos n'est pas reconnu par l'Etat italien", déplore Luigi Borgato. En Europe, les petites manufactures de pianos ont peu à peu disparu au profit de grandes entreprises, qui à leur tour se sont fait avaler par des géants asiatiques, à l'instar des fabricants autrichien Bösendorfer ou allemand Schimmel. Dans son atelier, Luigi Borgato prend minutieusement les mesures, coupe, moule et colle les pièces, de la table d'harmonie en sapin rouge aux têtes de marteaux recouvertes de feutre en laine mérinos, soit au moins 15.000 pour un piano à queue. Si les concerts ont cessé, les enregistrements continuent. Ainsi, le pianiste italien Francesco Libetta a joué pendant 20 heures les 35 sonates de Beethoven sur un Borgato de 3,33 m, "vertigineusement beau" selon lui.


AFP/Reuters



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