Mon identité : définition ou création ?


Il est toujours difficile de dire aux autres comme à soi-même qui je suis. Les questions de genre, de sexualité, d’identité nationale en sont des exemples quotidiens. Mais puis-je seulement avoir une identité, une définition de moi comme ce que je suis, alors que je suis “inconstant, divers et ondoyant” comme l'affirme Montaigne ?


L’approche phénoménologique peut aider à comprendre l’expérience que j’ai de moi-même. Celle-ci est singulière car elle se fait par la conscience de mon corps, celui-ci étant le point de départ de toute mon expérience du monde. Je suis, ainsi, la chose irréductible à mon corps qui permet cette expérience du monde.


Cette approche, si elle donne les éléments universaux de la conscience, ne rend pas compte des singularités individuelles. Dans Soi-même comme un autre, Ricoeur montre l’impossibilité de s’identifier à soi à différents moments dans le temps : si le « je » est le même, je ne suis plus ni physiologiquement ni psychologiquement le même. Je ne peux avoir l’identité d’une chose. Reste alors de se penser comme une fiction : le Moi ne peut être que cela, d’où le penser comme un autre.


Certains écrivains explorent particulièrement cette question. Alors que Rimbaud affirme « Je est un autre » pour fixer un programme à son œuvre, Fernando Pessoa a recours à des hétéronymes, c’est-à-dire des noms autres que le sien. Ceux-ci vont constituer par leurs différentes écritures des œuvres différentes mais cohérentes. Ainsi, chaque hétéronyme a son identité. Il affirme donc dans Le livre de l'Intranquillité, sous l’hétéronyme de Bernardo Soares : « la grammaire n’est qu’un outil », elle permet de construire un soi, certes fictionnel, qui est une identité. Ainsi, je peux me comprendre comme un objet en cours de création, ouvert et mouvant, c’est là mon identité. Comme le dit Foucault, je peux alors penser ma vie comme une œuvre d’art.


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