Notre a vie a-t-elle besoin d'ivresse ?

Updated: Dec 15, 2020




Dans la Grèce antique, la consommation de vin était très répandue. C’était un don de Dionysos, qui était le dieu de l’ivresse et de l’enthousiasme, les deux rôles n’étant pas dissociables. Plusieurs dialogues de Platon, notamment “Les Lois”, “le Banquet” et “la République”, portent à penser que le vin a un rôle primordial dans la vie de la cité. À première vue, on peut s’étonner de trouver une place importante à l’ivresse chez un philosophe rationnel comme Platon. Mais il faut aussi dire qu’il parle d’en réglementer et limiter l’usage et la culture des vignes. Conformément à la pensée grecque donc, Platon évoque l’idée de juste mesure relativement à l’ivresse : il faut « boire modérément ». Tout porte à croire qu’il existe, paradoxalement, une ivresse sage. Dans un tout autre registre, Nietzsche conçoit l’ivresse dans son rapport à l’art d’une part, et à la subjectivité d’autre part. « Pour qu’il y ait de l’art, pour qu’il y ait un acte et un regard esthétique, une condition physiologique est indispensable : l’ivresse ». L’ivresse est le nom qu’il donne à cet « état » insigne dans lequel il ne nous est plus donné de prétendre à une quelconque maîtrise et calculabilité de notre action. Autrement dit, l’ivresse exclut les facultés subjectives de l’homme, celles qu’il assigne lui-même à son « Je peux ». Elle correspond à une dépossession de soi, par son excès et son intensité.


Difficile de concilier cet excès avec la juste mesure grecque. En réalité, l’ivresse nietzschéenne se conçoit dans un tout autre sens. Excessive de part en part, il s’agit d’une condition du corps à atteindre pour créer, mais cet état d’exaltation physique peut donc être atteint autrement que par le vin. Dans un poème intitulé « Enivrez-vous », Baudelaire invite à l’ivresse : « enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise ».


Auteur: Esther C. @serendipit_esth


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