Nucléaire : l'Iran a commencé à produire de l'uranium enrichi à 60%


L'Iran a annoncé vendredi 16 avril avoir commencé à produire de l'uranium enrichi à 60% dans une nouvelle entorse à ses engagements pris devant la communauté internationale, inquiète de ses ambitions nucléaires. “Maintenant, nous obtenons 9 grammes par heure" d'uranium enrichi à 60% en isotope 235 (plus radioactif que l'uranium naturel) à Natanz, dans le centre du pays, a déclaré le président de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA), Ali-Akbar Saléhi.

Si ce rythme était maintenu constant et ininterrompu, il faudrait à l'Iran 322 jours pour produire les quelque 70 kg d'uranium à 60% qui, à l'issue d'un nouveau cycle d'enrichissement (dont la durée dépendrait de la puissance des machines utilisées), lui permettraient d'obtenir la masse critique de 25 kg d'U-235 à 90%, nécessaire à la fabrication d'une (et une seule) bombe nucléaire, selon les critères de non-prolifération de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Mais il faudrait pour cela que le pays dispose d'une quantité suffisante d'uranium enrichi à 20%. Or, selon le dernier rapport public de l'AIEA sur le sujet, son stock d'uranium à 20% était, à la mi-février, de 17,6 kg.

L'annonce du lancement effectif de la production d'uranium à 60% en U235 survient alors que des discussions ont lieu à Vienne, sous l'égide de l'Union européenne, dans le but de sauver ce pacte, sabordé par la décision des Etats-Unis de s'en retirer unilatéralement en 2018, sous la présidence de Donald Trump. Qualifiée de véritable "provocation" par plusieurs analystes, l'annonce de la hausse du seuil d'enrichissement est le dernier et le plus sensationnel des reniements des engagements pris par la République islamique à Vienne. D'autres analystes estiment, à l'image de Henry Rome, du cabinet de conseil Eurasia Group, que l'Iran cherche par cette décision à obtenir "un avantage dans la négociation, pas la bombe". Mercredi 14 avril, l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne, pays européens parties (avec la Russie, la Chine et l'Iran) à l'accord de Vienne, avaient "pris note avec une grande préoccupation" de l'annonce iranienne sur l'enrichissement. Le président iranien Hassan Rohani a jugé ces "inquiétudes" sans fondement.


AFP/Reuters