Peut-on désirer le désir ?


Si désirer au sens le plus bête c’est manquer, je ne peux manquer du fait de manquer puisqu’au moment où je manque, je n’éprouve pas un manque. Cela ressemble à un cercle logique.

Le désir est une tendance consciente vers un objet jugé bon, une tension vers quelque chose qui promet de relâcher la tension. Désirer le désir, ce serait chercher la détente désirée par la tension. Ce qui est absurde.

Pour pouvoir penser le sujet, il faut donc distinguer le désir tension comme « tendance vers » et le désir simplement d’objet.


Désirer le désir peut tout d’abord vouloir dire souffrir de l’incapacité à déterminer ce qui est bon. Un état ambigu dans lequel on souffre de notre incapacité de nous projeter vers des objets parce qu’on les juge bon. Il ne reste du désir que l’idée qu’il faudrait être capable de désirer des choses. Symptôme du désespoir, de celui qui trouve tout indésirable.

Dans la Peau de Chagrin, Raphaël n’a plus goût à rien, tout lui semble vain. Dans son désespoir, la seule chose qu’il désire c’est de pouvoir à nouveau désirer.

Désirer le désir ce serait souffrir de l’absence d’un principe de réanimation qui nous mettrait en marche, nous mettrait en action dans le monde.


Cependant, désirer le désir peut aussi être l’état de celui qui cherche à intensifier l’expérience du désir non pas parce qu’il est désespéré mais parce que tout lui semble désirable. Il s’agit d’intensifier par tous les moyens possibles l’expérience de la vie, à l’image du Marquis de Sade ou de Don Juan.

Ce que les hommes aiment plus que tout dans le désir, plus que la satisfaction, c’est l’attente fantasmatique de l’objet.


Mais si l’on absolutise le désir, tout désir sera jugé bon car il sera au nom du désir même. Selon St Augustin, si vous aimez aimer dans l’amour, vous allez aimer n’importe qui. Aimer l’amour c’est prendre le risque d’aimer n’importe quoi au nom du fait que l’on aime.


39 views