Peut-on juger une intention ?


Peut-on juger une intention ?


La majorité présidentielle a récemment été contestée suite à une proposition de loi soumise au vote des parlementaires. Cette proposition de loi, dont chacun peut avoir une opinion, stipule dans son article 24 qu’il sera puni de diffuser une image d’un membre des forces de l’ordre dans le but de lui nuire. Les parlementaires veulent donc punir un acte, le fait de diffuser une image, s’il suit un but jugé comme néfaste, et si l’intention qui conduit à cet acte est considérée comme mauvaise. Ainsi, est-il possible de juger l’intentionnalité d’un acte alors même que cette intentionnalité ne semble n’être que le fruit d’un processus interne à l’esprit ?


Il semble tout d’abord important de préciser que le jugement qu’on évoque ici ne concerne que la valeur morale de l’intentionnalité. Il revient donc de juger l’intention, c’est-à- dire la projection de l’action, avant que celle-ci ne soit exprimée. Or, juger, pour ceux dont c’est le métier, consiste à se prononcer sur la conformité ou la contradiction entre l’action et la loi. Il semble donc que juger une intention soit contraire à l’essence du jugement puisque l’intentionnalité n’est pas en elle-même un acte. La visée d’une action est en effet antérieure à l’action. Il semble donc que l’activité spirituelle d’évaluation et d’élaboration de l’intentionnalité d’un acte futur ne puisse appartenir au domaine juridique.


Toutefois, même si l’on ne peut juger un processus réflexif, l’intention peut se refléter dans l’acte. Si l’on considère que l’intention correspond à la projection de l’action, alors il semble logique que l’intention puisse être perçue au travers de l’acte qu’elle a impulsé. C’est donc la réalisation de l’intention et sa caractérisation dans le réel, c'est-à-dire l’acte, qui permet de juger du caractère moral ou non de l’intention. Le jugement de l’intention ne peut donc se faire que si elle s’est exprimée au travers de l’acte.

Auteur : T.S




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