Peut-on trouver l'amour platonique sur Tinder?



«Ce qu’on n'a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets de l’amour». C’est ainsi que Platon définit l’amour dans “Le Banquet”. L’amour serait synonyme de manque nous signalant notre incomplétude. Serait-il possible de combler ce manque en nous grâce à une application de rencontre ?


Tandis qu’une rencontre suppose un contexte et une gestuelle, sa dématérialisation entraîne la réduction de l’identité en une photo et quelques lignes résumant une identité bien plus complexe. Comme l’explique Rousseau dans “Lettre à d'Alembert” : «En voyant moins, on imagine davantage». En déroulant ces profils incomplets, on entrevoit un nombre inépuisable de rencontres potentielles et une démultiplication de ces «futur moi» possibles. Paradoxalement, cet accroissement des alternatives rend flou l’objet même de notre manque. Qu’est-ce qui nous manque finalement ?


Pour y répondre, Platon définit l’amour comme la recherche de la beauté absolue afin d’y engendrer. L’amour serait la voie vers l’immortalité car «la procréation constitue la part d’éternité accessible au mortel». Après avoir exploré la beauté physique, cet élan nous conduit à un stade supérieur, la beauté de l’âme. La phase suprême de l’amour renvoie au détachement complet du sensible permettant d’apprécier l’idée même du Beau dans sa pureté et son indépendance.


Ainsi, il serait difficile d’atteindre cette étape ultime de l’amour sans passer par l’amour du corps et c’est surtout à cette première phase que Tinder donnerait accès, tout au plus. Or, ni l’amour platonique, ni la beauté absolue, objet de notre manque afin d'accéder à l'immortalité par la procréation, ne résident à ce stade inférieur. Bien que la rencontre soit habituellement un bouleversement du quotidien, elle devient le reflet d’une génération qui, à force de chercher l’amour, a cessé d’y croire; à force de chercher la beauté, a cessé de la voir.

Auteur: Cyrano @hajeration

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