Pourquoi 100 000 soldats campent sur le toit du monde entre l’Inde et la Chine en ce début d’année ?


Sur les hauteurs de l’Himalaya, les armées indiennes et chinoises se contemplent et se toisent. Dans le froid glacial de ce début d’année 2021, à plus de 4000 mètres de haut, ils surveillent une ligne invisible de plus de 872 kilomètres de long. Les tensions frontalières, qui ne s’apaisent jamais totalement, se sont ravivées en mai 2020. Pour cause : la construction d’infrastructures dont une route de 250 kilomètres reliant des postes frontières du côté indien. En réponse, la Chine a déplacé des troupes dans une zone tampon théoriquement interdite, mettant le feu aux poudres. La Ligne de contrôle effectif (Line of Actual Control, LAC), le long de laquelle sont déployés les soldats, date de la guerre sino-indienne de 1962. À la fin de cette guerre éclair, la Chine, pour relier les provinces du Tibet et du Xinjiang, avait annexé plus de la moitié de la province indienne du Ladakh. Selon le journal The Hindu, cette frontière n'a jamais été tracée clairement sur une carte ni délimitée physiquement sur le terrain. Après de premiers combats le 5 mai 2020 au lac Pangong, de nouveaux affrontements ont eu lieu le 15 juin, un peu plus au nord, dans la vallée de la rivière Galwan. Aucune arme n’a été utilisée. Les soldats se sont battus à mains nues, ou à l’aide de pierres et de bâtons en bambous bardés de clous. 20 soldats indiens sont morts. Le nombre de victimes chinoises n’a pas été communiqué. C’est la première effusion de sang dans la région en quarante-cinq ans. Depuis septembre, Pékin et New Delhi ont engagé des pourparlers afin d’apaiser les tensions, sans résultat jusqu’ici. Au-dessus des têtes des 100 000 soldats, les avions de chasse, des Shenyang J-11 côté chinois et des rafales côté indiens, font des démonstrations de force, rompant avec l’habituel silence hivernal de ce no man’s land. Auteur: Isabelle Hautefeuille

Rédacteur en chef: Louise Chappe