Pourquoi Amnesty international a-t-il retiré le statut de “prisonnier d’opinion” à Alexei Navalny ?


Le 23 février, Amnesty International a reconnu avoir retiré l’opposant russe Alexei Navalny de sa liste des “prisonniers d’opinion” : des personnes emprisonnées “en raison de [leurs] caractéristiques” ou “de [leurs] convictions”, dont l’organisation de défense des droits de l’Homme demande la libération immédiate. Navalny est emprisonné depuis le 17 janvier, jour de son retour d’Allemagne où il était hospitalisé suite à un empoisonnement à un agent neurotoxique de type Novitchok. Si l’organisation ne nie pas que le militant soit victime de persécution politique, la raison est à chercher dans les archives de YouTube. Dans une vidéo de 2007, Navalny compare les rebelles tchétchènes à des cafards qu’il faudrait éradiquer. Des propos qui “correspondent aux critères du discours de haine”, justifiant la décision de l’ONG. Avant de devenir le premier opposant politique à Vladimir Poutine, Navalny a fréquenté les cercles de l’extrême-droite. Il a, entre autres, cofondé le parti nationaliste Narovd, et a ouvertement affirmé qu’il ne faudrait pas rendre la Crimée à l’Ukraine. Il a également participé à plusieurs reprises aux Marches russes, des manifestations annuelles qui rassemblent des groupuscules ultranationalistes et d’extrême droite. En 2011, il lançait une campagne “Stop Feeding the Caucasus” contre les subventions gouvernementales aux régions autonomes pauvres et peuplées de minorités ethniques dans le sud du pays. Les soutiens de Navalny accusent le Kremlin d’avoir interféré dans cette décision, ce qu’Amnesty International réfute. L’organisation continue par ailleurs de réclamer sa libération et juge que les poursuites à son encontre sont politiques. Dans un message transmis clandestinement à ses partisans le 15 mars, le militant, condamné à une peine de 3 ans et demi de prison ferme, réduite à 2 ans et 8 mois en raison du temps déjà passé en assignation à résidence, qualifiait l’établissement pénitentiaire de “véritable camp de concentration amical”.


Auteur: Isabelle Hautefeuille

Rédacteur en chef: William Ft