Pourquoi la coopération militaire franco-africaine au Sahel est-elle dans l’impasse ?


Depuis 2013, la France est engagée au Sahel pour combattre les djihadistes et rétablir la stabilité. Fondée sur une logique de partenariat avec le G5 Sahel - Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad - l’opération Barkhane suscite aujourd’hui de vives critiques conduisant à nous interroger sur son avenir. Pour sécuriser la région, les États africains coordonnent leurs actions au sein de la Force conjointe (FC), mais souffrent d’une dépendance sécuritaire vis-à-vis des pays occidentaux, en particulier la France. Paris voit la coopération militaire comme une manière de construire un appareil militaire africain autonome pour permettre à ces États de prendre le relais en matière de contre-terrorisme. Mais il semble que cela ne suffise pas. Cette dernière se développe sous plusieurs formes : l’envoi de conseillers militaires, l’appui logistique, le soutien financier et la formation des forces africaines. La France contribue ainsi à la mission de formation de l’Union européenne (EUTM Mali), ayant à ce jour formé plus de 15 000 soldats maliens. La situation sécuritaire reste néanmoins précaire et la FC dépend des militaires français qui encadrent les opérations de terrain. En effet, aucun des Etats du G5 ne possède les capacités militaires ni la volonté politique nécessaires pour assurer la stabilité. Au Mali, la professionnalisation des militaires se heurte à des difficultés politiques : gestion des ressources humaines inexistante, corruption, défiance à l’égard des élites, le coup d’État du 18 août 2020 n’étant qu’une conséquence. Il semble que la prise en main par les Sahéliens de leur propre sécurité ne puisse s’envisager que dans une perspective politique, qui dépasse le cadre de cette coopération militaire. Sur le terrain, cette limite stratégique condamne Barkhane à se substituer aux armées locales, sans permettre de sécuriser durablement la région puisque “la relève ne vient pas”, selon l’analyste Michel Goya.



Auteur: Martin Hébert

Rédacteur en chef: Baptiste Thomas


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