Pourquoi la France envisage-t-elle une stratégie de sortie pour l’opération Barkhane ?


Menée depuis 2013 au Sahel, l'opération Barkhane, anciennement appelée opération Serval, est en passe de s’achever. La France réfléchit en effet à retirer les 5 100 militaires déployés sur cinq pays du Sahel (la Mauritanie, le Niger, le Mali, le Burkina-Faso et le Tchad) dans un combat qui s’est transformé en guerre d’usure. En visite à Bamako, capitale du Mali, début décembre, le chef d’État Major des Armées, François Lecointre, a annoncé vouloir « limiter le niveau d’engagement des armées », même s’il accorde que les forces du G5 Sahel, la coalition interarmées des cinq pays du Sahel créée en 2014 sous l'impulsion de l’Union africaine, ne sont pas encore prêtes à prendre le relais.

Même si des avancées majeures ont été réalisées en matière de lutte anti-terroriste ou de formation des forces militaires locales, les difficultés financières et matérielles auxquelles sont confrontées les forces de l’opération poussent la France à réfléchir à une stratégie de sortie. Alors que l’opération enregistre un surcoût de 911 millions d’euros en 2020, le budget des [OPEX] représente à présent 1,4 milliard d’euros annuels, un budget que le ministère des armées peut de moins en moins soutenir en raison des restrictions budgétaires toujours plus importantes (perte de 20% du budget alloué en 25 ans). En effet, les surcoûts de l’opération, dus au coût important de la maintenance du matériel confronté aux conditions extrêmes du terrain d’opération, font réfléchir sur les réels bénéfices de cette opération.

D’un point de vue opérationnel, les forces sont confrontées à deux difficultés majeures : l’invisibilité de leur ennemi, la mouvance djihadiste, qui n’est pas reconnu comme une force militaire en tant que telle, ainsi que sa forte mobilité qui ne facilite pas le repérage, sachant que les forces militaires combattent sur une zone aussi grande que l’Europe, alors que la menace terroriste y est invisible.

De plus, il faut y ajouter les pertes humaines, s’élevant à 50 hommes depuis 2013, alors que l’année 2019 a été la plus meurtrière, portant à 19 le nombre de militaires français tués dans le cadre de cette opération. Enfin, les résultats de cette opération, parfois décevants, notamment en terme de sécurité dans les pays concernés, au vu du budget alloué et des moyens mis à disposition pour les opérations, selon certains analystes, à l’image de Vincent Hugeux, journaliste spécialiste de l’Afrique, qualifiant cette guerre d’ « ingagnable ». Malgré tout, le retrait des troupes françaises nécessiterait la pleine autonomie opérationnelle des forces du G5 Sahel, ce qui n’est pas encore le cas selon l'État Major des Armées.

La situation reste donc sous tension au Sahel, sans que l’armée française n’arrive vraiment à éradiquer la menace terroriste de la zone, alors qu’elle la combat depuis 7 années maintenant. A cela s’ajoutent les pertes humaines récentes, dont 5 en seulement une seule semaine, desquelles fait partie la première femme, Yvonne Huynh, interrogeant vraiment sur les véritables bénéfices de cette guerre pour la France.


Auteur: Jules Perbet Rédacteur en chef: Saïmi Steiner