Pourquoi la France revoit-elle son engagement pour la protection accordée aux réfugiés afghans ?


Ravagé par la guerre, l’Afghanistan est le théâtre depuis de nombreuses années de multiples conflits armés, et se retrouve aujourd’hui encore sous le joug des talibans. Profondément meurtries, les populations civiles afghanes sont les premières victimes. Dès lors, depuis 2015, ces dernières font partie des principaux demandeurs d’asile en France. Cependant, un article du Monde paru le 20 novembre 2020 a montré que la France a proclamé vouloir revoir sa position avec l’Afghanistan.


Premiers demandeurs d’asile en 2018, les Afghans représentent 2,7 millions de réfugiés dans le monde. Cependant, la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA) a pour projet de mettre un terme à la jurisprudence dite “Kaboul” en vigueur depuis 2018, au motif que “la violence dans la ville de Kaboul n’est pas telle qu’il existe des motifs sérieux de croire que chaque civil court un risque réel de menace contre sa vie”. Dès lors, la population afghane risque de ne plus remplir le statut de réfugié et de ne plus recevoir la protection subsidiaire. Ce changement de position diplomatique de la France ouvre la voie à davantage de refus pour les demandeurs d’asile afghans. Selon l’ONU, 1,282 civils ont été tués en Afghanistan lors du premier semestre 2020 ; les défenseurs des droits des réfugiés voient leur inquiétude croître.


Condamnée le 2 juillet 2020 par la Convention Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) pour avoir infligé des traitements inhumains à trois réfugiés, la France prend le risque de se retrouver sous le joug des critiques. Dès lors, Amnesty international, comme la Cimade, accusent la France de porter atteinte à la CEDH et dénoncent le renvoi forcé illégal de réfugiés afghans dans un pays où la sécurité n’est pas garantie. En effet, le 19 novembre, la justice française a pris la décision de refuser le droit d’asile à deux Afghans, décision jugée irresponsable par Adam Baczko et Gilles Dorronsoro selon un article du Monde. Même en vue de l’accord historique entre Américains et talibans, l’Afghanistan, à l’image de l’Irak et la Syrie, reste le théâtre de nombreux conflits armés sans précédent.


Dès lors, les réfugiés afghans encourent le risque de se retrouver sous le joug d’attentats suicide menés par les talibans et l’Etat Islamique. En effet, le revirement de la CNDA met en évidence la volonté de la France d’aligner sa jurisprudence sur d’autres pays de l’UE. Ainsi l’exemple de l’Allemagne est significatif : en 2019, l'Allemagne a permis à deux fois moins de demandeurs d’asile afghans d’obtenir le statut de réfugié, comparée à la France. Par conséquent, ils deviennent alors des cibles en raison de leur identité ethnique et religieuse ou bien de leur soutien à la coalition internationale ; ils peuvent aussi être accusés de “corruption morale” en raison de leur affiliation sexuelle.


Dès lors, l’aide internationale aux réfugiés afghans se trouve amoindrie. Le risque est de voir de plus en plus de civils afghans victimes de bombardements, mais aussi de voir apparaître une population de réfugiés sans statut, marginalisés, avec un coût humain de plus en plus important.


Auteur: Juliette Devisme

Rédacteur en chef: Lilian R.

42 views