Pourquoi la menace faite par le gouvernement contre un livre misandre révèle-t-elle un fossé ?


« Moi les hommes je les déteste ». Ces quelques mots sont le titre de l’essai de Pauline Harmange sur la misandrie (la haine des hommes). Le 19 Août dernier, en découvrant le titre du livre, Ralph Zurmély, fonctionnaire du ministère chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes, a immédiatement enjoint la maison d’édition de ne pas sortir le livre. Le chargé de mission a notamment menacé la maison d’édition de poursuites pénales.

Cette affaire intervient alors que le mouvement féministe tend à gagner de plus en plus d’ampleur dans le paysage social et politique. Pourquoi semble-t-il y avoir un fossé politique entre d’un côté, la réaction gouvernementale sur ce sujet et de l’autre, les attentes sociétales en matière de lutte pour l’égalité femme-homme ?

La première surprise dans cette affaire, se trouve sur le sujet même du livre. Le candidat Macron avait affiché l’égalité femme-homme comme “la grande cause du quinquénat”. Ainsi, la condamnation avant sa sortie d’un livre féministe par le pouvoir est incohérente avec la communication de la République en Marche. D’autant que le contenu du livre ne peut tomber sous le coup d’aucune infraction pénale. Ainsi, en plus d’être illégale, la condamnation du chargé de mission est illégitime.


Il est également surprenant qu’un livre sur la misandrie fasse l’objet d’une si vive réaction. Comme le rappelle Pauline Harmange, la misandrie n’a “jamais fait de mort”. Plus qu’une violence grave contre la société, elle n’est que le fruit de la domination masculine, qu’une réaction à la misogynie. Par ailleurs, la misogynie n’est pas aussi violemment condamnée par le pouvoir. Michel Houellebecq n’a jamais été condamné par personne, alors que la violence misogyne de certains de ses livres n’est plus à démontrer.


Cette affaire révèle un décalage entre les attentes sociétales sur l’égalité femme-homme et le pouvoir, puisque “grâce” à cette polémique, la société d’édition du livre est en rupture de stock après la vente des 1 000 premiers exemplaires. Il faudra observer comment Elisabeth Moreno, Ministre déléguée chargée de l’égalité femme-homme, pourrait remettre au centre cette priorité du candidat Macron.



Auteur: Aurélien Vurli @aurelien_vurli

Rédacteur en chef: Marie-Alice Girardet

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