Pourquoi la transformation du CFA traduit-elle une normalisation des relations franco-africaines ?

Updated: Nov 5, 2020


Le 21 décembre 2019, les présidents français et ivoirien, Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, avaient annoncé la fin du franc CFA, en place depuis 1945, accompagnée d’une réforme en profondeur de la coopération monétaire entre la France et l’Afrique. Prévoyant son remplacement par une nouvelle devise en juillet 2020, “l’éco”, la diplomatie française cherche à s’écarter du spectre de la Françafrique.


Depuis la création du franc CFA - Communauté financière d’Afrique - 14 États répartis entre la zone de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et celle de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), étaient sous la tutelle du ministère français des Finances. En effet, c’est le Trésor public français qui fixait le taux de change en euro du franc CFA. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) devait alors déposer 50 % des réserves de change à la Banque de France, ce qui jusqu’à maintenant privait les pays de contrôle sur le cours de leur monnaie.


Dans un contexte où la France est engagée au Sahel, cette réforme apparaît comme une réaction aux accusations de néocolonialisme qui remettent en cause sa présence militaire. En effet, cette collaboration monétaire entre la France et ses anciennes colonies est critiquée depuis plusieurs années. Certains économistes africains, comme Felwine Sarr, mettent en avant la nécessité de récupérer les réserves de change pouvant permettre d’investir dans l’économie réelle. Le 19 août 2017, le militant panafricaniste et franco-béninois Kémi Séba avait symboliquement brûlé un billet de 5 000 francs CFA lors d’un rassemblement à Dakar.


Outre un changement de nom symbolique, cette réforme prévoit le rapatriement des réserves de change et le retrait de la France des instances techniques de gouvernance monétaire de la région. Cette rupture reste cependant à nuancer car la parité fixe avec l’euro (655,96 francs pour 1 euro) est maintenue comme gage de stabilité. Mais cette association à une monnaie forte, l’euro, pénalise les exportations africaines, et donc le développement des productions locales.


La réforme du franc CFA, loin d’être une révolution, s’inscrit avant tout dans le cadre d’une manœuvre diplomatique de légitimation de la coopération franco-africaine. Mais ce désir de normalisation des relations est-il réalisable après avoir commis le “crime” de la colonisation ?


Auteur: Martin H

Rédacteur en chef: Saïmi Steiner