Pourquoi la Turquie soutient-elle le gouvernement d’Union Nationale dans la guerre civile en Libye?


Depuis la chute de Kadhafi en 2011, la Libye est plongée dans une profonde instabilité politique, aboutissant en 2014 sur une guerre civile. Les deux principales parties qui s’opposent sont le gouvernement d’union nationale (GNA) dirigé par El-Sarraj et l’Armée nationale libyenne (ANL) menée par le général Haftar. En janvier 2020, Erdogan, le président turc, apporte son soutien militaire au GNA. Plusieurs raisons expliquent cet intérêt pour la Libye dans un contexte global de radicalisation de la politique étrangère d’Ankara. Depuis le début de l’année 2020, la Turquie désire réaffirmer sa souveraineté sur la Méditerranée orientale. La découverte de gisements gaziers dans les eaux crétoises et chypriotes a réanimé les volontés turques d'expansion de son espace maritime. Le soutien turc aux forces du GNA est conditionné à la signature d’accords prévoyant le partage d’un corridor maritime entre la Turquie et la Libye au niveau de ces gisements. Ainsi, Erdogan obtient un accès à ces richesses, le GNA étant légitimé par l’ONU. D’autre part, l’intervention en Libye est un moyen de pallier l’érosion du soutien populaire au pouvoir d’Erdogan. Il s’agit, par ce biais, de remémorer aux ultranationalistes le “glorieux” passé de l’Empire. Soutenant le GNA plutôt qu’Haftar, la Turquie se positionne en défenseur et guide des printemps arabes. Malgré une intervention coûteuse en période de crise économique, le gouvernement parvient, pour lors, à rallier l’opinion. Elle n'y est pas défavorable car les forces turques mobilisées en Libye sont des milices syriennes créées par Ankara lors de la guerre civile en Syrie. Ainsi, l’intervention turque dans le conflit libyen, aux côtés des forces d’union nationale, s’inscrit dans une logique géostratégique plus large. Elle est à la fois un enjeu de politique intérieure et internationale dans l’affermissement de la puissance d’Ankara.


Auteur: Rémi D.

Rédacteur en chef: Saïmi Steiner