Pourquoi le "Grand barrage de la Renaissance" cristallise les tensions entre Egypte et Ethiopie ?


La construction du barrage de la Renaissance (GERD) sur le Nil Bleu a été annoncée en 2011 par l'Ethiopie, les travaux ont démarré depuis le 28 mars 2013 et s'achèveront courant 2022. D’une hauteur de 145 mètres et d’une capacité de 74 milliards de mètres cubes, Addis Abeba voit ce projet comme l’occasion de revendiquer un retour au premier plan sur la scène économique africaine. Ce barrage permettrait notamment à l’Ethiopie d’améliorer son agriculture et produire de l'énergie hydroélectrique.


Malgré des négociations continues depuis des années, aucun accord n’a été trouvé pour l’heure entre les pays de la région. Les questions soulevées portent notamment sur le remplissage, qui est le principal point de crispation entre les trois pays ; le Caire souhaiterait un remplissage lent en 21 ans tandis que l’Ethiopie voudrait le faire en 7 ans.


Au-delà des craintes exprimées par l’Egypte sur le fait de manquer d’eau pour un pays dont 90% de l’eau potable provient du Nil, ces tensions remettent en cause la hiérarchie des puissances régionales.


Ce barrage marquerait la fin de l’Egypte comme puissance hydraulique hégémonique dans la région, exacerbée par des droits acquis lors des traités historiques de 1929 et 1959. L’Ethiopie invoque quant à elle une volonté de contrer ce monopole qui n’a plus lieu d’être et un droit légitime de pouvoir disposer comme elle l’entend de ses ressources en eau.


Dans une région où la peur de manquer d’eau se fait plus pressante que jamais, la construction de ce barrage ravive les tensions régionales et les décisions prises toucheront assurément la population. Le Nil demeure un point stratégique incontournable du continent puisque plus de 100 millions de personnes en dépendent.


Auteur: Antoine Djouaber

Rédacteur en chef: Baptiste Thomas