Pourquoi le nouveau gouvernement libyen a-t-il un rôle limité dans la résolution de la guerre ?


Le 5 février 2021, un vote a eu lieu dans le cadre du Forum de dialogue politique libyen sous l’égide de l’ONU. A la surprise générale, Abdul Hamid Dbeibah a succédé comme Premier ministre à Fayez al-Sarraj, qui occupait ce poste depuis 2016.


Depuis la mort de Kadhafi en 2011, la situation s’enlise en Libye, divisée par une guerre civile dont les lignes de front se consolident entre les 3 régions du pays : la Tripolitaine au Nord, la Cyrénaïque à l’Est et le Fezzan au Sud-Ouest. La Tripolitaine est pour l’heure le seul lieu du pouvoir reconnu par l’ONU. Pour intégrer les autres régions au processus de paix, des pouvoirs séparés ont été créés. Toujours le 5 février, Mohammad Menfi, colistier de Dbeibah qui jouit d’appuis dans l’Est du pays, a ainsi été nommé président du Conseil présidentiel transitoire.


Ce nouvel exécutif satisfait Khalifa Haftar, chef de l’Armée Nationale Libyenne (ANL) qui contrôle toute la Cyrénaïque. Son camp est représenté parmi les élus, et il y voit un bon moyen d’étendre sa zone d’influence après sa tentative ratée de prendre le contrôle de Tripoli avec l’ANL en 2019.


La mission du gouvernement par intérim est de préparer les élections générales de décembre, tout en pacifiant le pays et en faisant partir les forces étrangères en présence, en particulier les milices turques et russes. Cette tâche est immense, et on peut douter de la volonté de Dbeibah de prendre position sur certaines questions : il a fait fortune sous Kadhafi et reste très lié à la Turquie où il a des intérêts économiques.


Les élections tant attendues ont donc peu de chance d’aboutir à une paix durable. La Turquie et la Russie, bien que rivales, s’entendent pour ne pas faire cesser le conflit tant qu’il leur permet d’avoir la mainmise sur les ressources de la région, tandis que la communauté internationale ne semble pas décidée à augmenter la pression diplomatique.



Auteur: Alice P

Rédacteur en chef: Coline P