Pourquoi le président algérien Abdelmadjid Tebboune a-t-il libéré plusieurs dizaines de détenus?


A l’occasion de l’anniversaire du Hirak, ce mouvement populaire et pacifique ayant pris naissance le 16 février 2019 à Kherrata en Kabylie puis s'étant étendu à tout le pays, de nouvelles manifestations ont éclaté dans cette même ville, deux ans après jour pour jour. Face à la résurgence des manifestations, le président algérien A. Tebboune, élu en décembre 2019 et dont la présidence est contestée, a souhaité apaiser les tensions. Il a ainsi gracié une soixantaine de détenus en lien avec le Hirak, dissout le Parlement et procédé à un sensible remaniement ministériel. Malgré les louanges des autorités algériennes envers le “Hirak béni”, des milliers de manifestants se sont réunis le 22 février à Alger. Parmi les cris de colère, un slogan a reflété l’insatisfaction des Algériens face à un régime qui n’est que le prolongement du précédent : “Nous ne sommes pas venus pour célébrer l’anniversaire du mouvement, mais pour réclamer votre départ”. La volonté d’apaisement du gouvernement se mêle à une intention d’appropriation du Hirak, A. Tebboune étant ainsi le digne représentant d'une “Algérie nouvelle” dont les revendications criées par les manifestants dans les rues en 2019 auraient été satisfaites grâce à son élection. Cependant, cette stratégie n’a pas soulagé la majorité des Algériens, frustrés par l’arrêt du Hirak dans les rues à la suite de l’épidémie et lassés d’un système politique jugé corrompu et incompétent. En somme, l’ensemble des mesures prises ne suffisent pas aux manifestants, le but du Hirak restant inchangé : l’instauration d’une seconde république et d’une nouvelle constitution. Le retour du peuple algérien dans les rues représente une menace pour le régime, qui a dès lors fait le choix de la poursuite du calendrier électoral en organisant des élections législatives anticipées prévues au printemps 2021.

Auteur: Camille Renard-Azouzi

Rédacteur en chef: Joseph D.