Pourquoi le projet de loi sur l’avortement en Argentine pourrait-il enfin être approuvé ?


Lundi 17 Novembre, le président argentin Alberto ­Fernandez a adressé aux députés un projet de loi pour la légalisation de l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) jusqu'à la 14e semaine. Une proposition approuvée en 2018 par les députés, mais rejetée par un Sénat alors plus conservateur.

Le chef de l’État argentin en avait fait une promesse de campagne : l’avortement légal, sûr et gratuit pour toutes. Il a cette semaine rappelé l’urgence face à la dangerosité de la situation : jusqu’à 355 000 IVG clandestines chaque année, entraînant l'hospitalisation de 38000 femmes et des risques sur la fertilité, causant la mort de 3000 femmes depuis 1983, selon le ministère de la santé. Le président juge ainsi la criminalisation de l’avortement inefficace.

Comme en 2018, des militants pro-avortement, les “foulards verts” au slogan “C’est urgent” sont descendus dans les rues du pays, où ils ont fait face à des contre-manifestants, les'' foulards bleus” au slogan “Sauvons les 2 vies”. Selon les sondages, 60% de la population serait favorable à l’IVG. Dans le pays du pape François, où le catholicisme est majoritaire, de nombreuses paroisses de l'Église catholique ont rejoint le contre-mouvement. La conférence des évêques a manifesté son inquiétude vis-à-vis du système de santé publique : avec plus de 36500 morts du Coronavirus cette mesure apparaît pour eux financièrement insoutenable.


En 2018 c’était les associations de la société civile, notamment féministes, qui avaient amené à ouvrir le débat au parlement. Mais cette année, pour la première fois dans l’histoire argentine, c’est l'exécutif qui dépose ce projet de loi, alors qu’il dispose depuis les élections de 2019 de la majorité au Sénat.


Les conditions semblent désormais favorables pour que le pays rejoigne les pays d’Amérique Latine ayant légalisé l’avortement: le Mexique, Cuba et l’Uruguay. En attendant, l’IVG n’est légale qu’en cas de viol ou de danger vital de la mère.


Auteur: Camille Ex

Rédacteur en chef: Adil Hicham