Pourquoi le système politique libanais est-il accusé d’être responsable de l'explosion de Beyrouth ?


Le 4 août 2020 la double explosion du port de Beyrouth liée au stockage de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium, un minéral hautement explosif stocké depuis 7 ans, a dévasté une partie de la capitale. Tuant plus de 200 personnes, faisant des milliers de blessés, tout en provoquant des dégâts matériels estimés à plusieurs milliards de dollars, cette tragédie est d’après certains manifestants libanais le reflet d’un régime à bout de souffle, rongé par la corruption, le clientélisme et l’incurie politique. La signature des accords de Taëf en 1989 avant la fin de la guerre civile (1975-1990) a mis en place les assises d’une réconciliation nationale où les représentants des différentes communautés religieuses se sont vu attribuer des places au sein du Parlement, du gouvernement et des ministères. Bien que ce partage des pouvoirs sur la base confessionnelle ait été prévu pour être transitionnel, les dirigeants politiques se sont appropriés les différents ministères et les ont transformés en une structure oligarchique.


Ainsi, tout en utilisant l'argent public à des fins personnelles, les politiciens ont peu à peu délaissé les services publics. En 2015, l’incapacité du gouvernement – sous la direction du Premier ministre- à traiter les ordures a conduit à une vague de protestations dans tout le pays. Par ailleurs, l’inefficacité constante à réformer le réseau électrique du Liban – sous l’égide du ministère de l’Énergie - aboutit à plusieurs coupures de courant par jour. L’explosion d’une partie du port de Beyrouth s’inscrit aussi dans cette logique où les postes à responsabilité dépendent plus de l'intérêt politique et de la représentation confessionnelle que de compétences réelles. Bien que prévenu plusieurs fois par le directeur du port des risques du stockage de la cargaison de nitrate d’ammonium, ni la direction des douanes sous le ministère des Finances, ni le ministère des Transports n’ont pris les mesures nécessaires pour sécuriser l’entrepôt en question.

Auteur: Clément Gibon Rédacteur en chef: Adil Hicham