Pourquoi les manifestations en Thaïlande ont-elles un caractère inédit contre le pouvoir ?


La Thaïlande connaît une vague de protestations inédites, avec l’un des plus grands rassemblements de manifestants du pays ayant réuni des milliers de personnes le samedi 19 septembre 2020 pour contester contre le pouvoir. Monarchie constitutionnelle, la Thaïlande subit depuis des décennies une forte instabilité politique et des périodes de protestation. L’actuelle contestation a débuté en février, lorsque le parti d’opposition Nouvel avenir, a été dissous, et elle s’est accentuée durant l’été avec la colère des étudiants sur leur mauvaise condition de vie. Très vite, des exigences politiques et sociétales ont été revendiquées, avec un système éducatif et une gestion de l’économie remise en cause. Cette protestation est inédite en Thaïlande, d’abord par la jeunesse des manifestants : étudiants, lycéens et même collégiens se réunissent pour contester contre le pouvoir. Mais la singularité est surtout présente avec la fin d’un tabou politique par la critique de la royauté. Les Thaïlandais souhaitent ainsi une monarchie constitutionnelle dotée de fortes institutions démocratiques et réclament l’abolition de la loi sur le crime de lèse-majesté, qui punit par une peine de prison quiconque offensera la royauté. Pays très inégalitaire, les prévisions post-covid estiment à 14 millions le nombre de chômeurs en Thaïlande. En outre, dans un État où le roi Maha Vajiralongkorn a pris le contrôle de la fortune royale, les manifestants réclament une transparence des finances. Enfin, le monarque ne parvient plus à asseoir sa légitimité du fait de ses nombreuses controverses et de son absence sur le sol thaïlandais, vivant surtout en Allemagne.


Le gouvernement n’a pas réagi à cette contestation et a simplement mis en garde la jeunesse, mais dans un pays autoritaire où neuf militants pro-démocratie ont disparu depuis deux ans, l’inaction du pouvoir ne présage rien de bon pour les manifestants.



Auteur: Camille Renard-Azouzi

Rédacteur en chef: Hugo Buton