Pourquoi plusieurs dizaines de milliers d’agriculteurs indiens manifestent depuis plusieurs mois ?


En novembre 2020, le gouvernement indien du premier ministre Modi a adopté de nouvelles lois agricoles qui changent radicalement la façon dont l’industrie agricole indienne est organisée depuis plusieurs décennies. Suite à cela, un bras de fer s’est lancé entre le gouvernement et près de 250 millions de grévistes selon des syndicats indiens. Le texte voté en septembre 2020 et adopté en novembre de la même année comporte trois axes de réformes agricoles. Ensemble, ils libéralisent le marché agricole et invitent de nouveaux acteurs internationaux dans un système déjà fragmenté. Si une réforme de la production agricole était attendue, pourquoi cette dernière indigne-t-elle autant ? Dans les années 1960, l’Inde connaît une «révolution verte» où le gouvernement indien a, en réaction à de nombreuses famines, modernisé l’agriculture et l’approvisionnement alimentaire. Après ce progrès, l’industrie agricole indienne décline progressivement et passe de 50% du PIB indien à presque 16% en 2019. Ce déclin favorise l’endettement des paysans, lui-même facteur de la vague de suicides chez les agriculteurs indiens. C’est dans ce contexte que les agriculteurs attendent une réforme leur offrant davantage de protection. Mais les nouvelles lois transformant les conditions de vente de produits agricoles risquent surtout de conduire à des prix de plus en plus volatils pour les paysans. C’est la raison pour laquelle plusieurs dizaines de milliers d’agriculteurs ont commencé à se révolter à partir de l’automne 2020. Ces agriculteurs ont, en réponse à l’adoption des lois agricoles, manifesté leur désaccord vis-à-vis du gouvernement notamment en bloquant des routes et des chemins de fer. Si ces lois ont été suspendues le 16 janvier 2021, le climat de tension règne toujours dans le pays et les contestations sont régulièrement réprimées par les forces de l’ordre.


Auteur: Félix D Rédacteur en chef: Joseph D.