Procès Ikea France: des salariés espionnés pour leurs activités syndicales?


Au deuxième jour du procès d’Ikea France, le tribunal a cherché à établir les responsabilités concernant des recherches illégales sur des syndicalistes du magasin de Franconville (Val-d'Oise) qui est au cœur de l'affaire dite d'espionnage de l’enseigne. Dans ce magasin, théâtre d'importantes grèves en 2010, des salariés syndiqués ont dévoilé des pratiques de surveillance dont ils s'estiment victimes, aboutissant à l'ouverture d'une information judiciaire en 2012. Selon l'accusation, plusieurs centaines de personnes ont été passées au crible dans le pays, leurs antécédents judiciaires ou leur train de vie scrupuleusement examinés. A Franconville, l'une d'elles est l'ancien délégué syndical Force ouvrière Adel Amara. Au cœur de ce "système d'espionnage" selon les termes du parquet de Versailles, le prévenu Jean-François Paris, ancien directeur de la gestion des risques, a notamment reconnu avoir eu recours à une fausse caissière, infiltrée pour "prévenir" en cas d'actions syndicales jugées problématiques. Il a aussi admis avoir demandé des renseignements sur Adel Amara à Jean-Pierre Fourès, patron d'une société privée d'investigation, dont Ikea France était cliente. Ce dernier, ancien membre des renseignements généraux, est accusé d'avoir fourni des données confidentielles sur de nombreux salariés d'Ikea France en ayant recours au STIC, un vaste fichier policier permettant de connaître le passé judiciaire des individus, au-delà même des condamnations. Des données pourtant strictement confidentielles. Outre l'enseigne Ikea France, qui encourt jusqu'à 3,75 millions d'euros d'amende, quinze prévenus physiques au total doivent répondre des chefs de collecte et divulgation illicite d'informations personnelles, violation du secret professionnel ou encore de recel de ces délits, exposant certaines d'entre eux à une peine maximale de dix ans d'emprisonnement.


Reuters/AFP



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