Qui est Anna Akhmatova?


Artiste, martyr, femme libre: Anna Akhmatova a marqué la littérature et dressa au fil de ses vers le portrait de la Russie au début du XXe siècle. Anna la Bouche d’or de toutes les Russies, la Reine de la Néva, la Bouche des Pleurs, ou encore l'Âme de l'Âge d’Argent… Née en 1889 à Odessa, Akhmatova a reçu tout au long de son existence de nombreux qualificatifs, dont certains peu flatteurs; ainsi l’entourage de Staline disait qu’elle était «à la fois nonne et putain ». Rien d’étonnant à ce qu’elle s’attire ainsi les foudres du stalinisme: par son œuvre, elle s’est faite la mémoire vive des souffrances endurées par son peuple. Souffrances qu’elle a elle-même ressenties: son mari est fusillé en 1921, son fils unique arrêté et déporté en 1938. Persécutée par le régime, elle sera lentement réhabilitée à la mort de Staline, jusqu’à devenir la poétesse la plus célèbre de Russie. L’amour, le désespoir, le temps qui passe furent sources d’inspirations pour sa poésie. Elle rejoint le mouvement de l’acméisme, genre poétique russe qui rompt avec le symbolisme. Entre 1911 et 1966 elle publie une dizaine de recueils; mais l'œuvre qui forge sa légende est sans doute Requiem. Déjà connue en Russie alors qu’éclate la révolution d’Octobre, elle passe 17 mois devant les geôles de Leningrad dans l’espoir de visiter son fils et d’obtenir sa libération. Interdite de publication, elle rédige le poème dans sa tête, le récite à ses proches, qui à leur tour le transmettent: le poème se propage à tout le pays, alors même qu’une version papier ne sera publiée que… 25 ans plus tard.

"Ça ne fait rien, j’étais prête.

Je viens à bout de n’importe quoi.”

3 views