Sommes-nous le Diable ?


Qu’il soit traqué derrière les hérétiques et les sorcières ou fantasmé par ses adorateurs, le Diable est une figure avec laquelle l’Homme entretient des rapports manichéens. Pourtant, ce sont bien les caractères essentiellement humains que nous lui avons attribué au fil des âges qui lui confèrent l’ambivalence et la « majesté » mentionnée par Schelling dans sa Philosophie de la Révélation.


C’est ainsi qu’au cœur du romantisme européen, donc de l’ébranlement de l’hégémonie divine, c’est sa face luciférienne qui le fait renaître comme l’héroïque révolté s’affranchissant de Dieu. Sous les traits de Satan, Belzébuth ou Hadès, cette puissance se révèle pourtant tentatrice, tortionnaire et ténébreuse. Ces attributions mènent Freud à l’associer à l’idée de « contre-volonté », fondamentale de l’inconscient humain et de l’hystérie freudienne.


Plutôt qu’habiter notre corps, le Diable semble animer notre esprit. C’est ce qui amène le philosophe allemand, Schelling, à le considérer non comme une simple créature ou comme un principe éternel et mauvais, mais comme une énergie divine qui incarnerait le pouvoir-être du néant face au Tout. En ce sens, le Diable serait le fondement de toute création divine et la créature humaine cristalliserait en elle le paroxysme du refoulement de Dieu, donc de l’expression du Diable.


Le Diable n’en est pas moins une invention humaine, forgée pour répondre à un besoin universel de neutraliser et excuser le Mal qui l’anime. Ennemi du Christ, et par là de l’humanité, il est, en fait, davantage un facteur d’union que de division, contrairement à ce que suggère son étymologie. Peut-être est-ce parce qu’il est intrinsèquement lié à notre existence, que, à l’aune du regain que connaissent l’ésotérisme et la fiction dans la culture populaire, le Diable se trouve plus que jamais humanisé selon Lionel Obadia.

Auteur : Jade AG @queijade


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