"Vaurien": anatomie d'un prédateur par un jeune réalisateur


Un tueur en série de femmes, hâbleur, propre sur lui et dérangeant à souhait: première oeuvre du réalisateur Peter Dourountzis qui se veut résolument post-#MeToo, le film "Vaurien" décortique le regard et la domination masculine.

Djé, interprété par Pierre Deladonchamps est un quadra d'apparence soignée, enjôleur et sûr de lui, qui charme avant de tuer. La caméra suit ce prédateur qui parcourt la France en quête de victimes, abordant sans gêne toutes les jeunes femmes qu'il rencontre, au bar, dans la rue ou dans un train. Mais dans "Vaurien", les crimes ne sont pas montrés à l'écran car il a été tourné après le grand mouvement de libération de la parole des femmes, dans le cinéma en particulier, et ses répliques en France, lorsque l'actrice Adèle Haenel a brisé une certaine omerta autour du sujet. Peter Dourountzis, qui a grandi dans un HLM du XVe arrondissement de Paris, explique avoir voulu éviter l'écueil du "male gaze", ce regard masculin sur le corps des femmes notamment, prégnant dans des films réalisés par des hommes. Il a donc choisi d'enlever "les meurtres, l'exceptionnel", pour garder "les situations ordinaires que tout le monde vit, un mec pesant dans le métro, le bus, qui te suit dans la rue...". Peter a 23 ans et un diplôme d'école de cinéma en poche lorsqu'il commence à travailler à ce film. A l'époque il se fait embaucher au Samu social avec l'idée de "consulter les fiches de tueurs en série qui appellent le 115". Plus largement, le cinéaste veut montrer qu'en tant qu'homme, "c'est un permis qui nous a été donné très jeune de faire ce qu'on veut et de ne jamais se sentir en danger". En fait, j'ai fait un film sur ces gars-là, sur ces regards malsains, pesants, décomplexés".


AFP


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