Washington et Téhéran font monter les enchères


Après avoir laissé Washington patienter dix jours, Téhéran a finalement rejeté dimanche son offre de dialogue direct. Les autorités iraniennes ont déclaré qu'elles ne considéraient "pas le moment approprié". En cause, plus ou moins directement, les frappes américaines de la semaine dernière en Syrie contre des groupes pro-Iran accusés de multiplier les tirs de roquette visant des intérêts américains en Irak. Et la fermeté affichée par les Européens, avec les Américains, contre les infractions iraniennes à l'accord conclu en 2015 avec Téhéran pour l'empêcher de se doter de la bombe atomique.


L'ex-président américain Donald Trump a retiré en 2018 les Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien, qu'il jugeait insuffisant, et a rétabli toutes les sanctions américaines contre Téhéran. En guise de représailles, la République islamique a commencé à s'affranchir de ses engagements atomiques. A la Maison Blanche depuis un mois, Joe Biden dit lui vouloir revenir dans l'accord. Mais le démocrate semble vouloir à tout prix éviter un procès en faiblesse ou naïveté.


Or cette volonté de montrer les muscles a déjà poussé les deux pays à faire des "erreurs de jugement" ces dernières semaines, regrette le vice-président exécutif du think tank Quincy Institute for Responsible Statecraft. Tirer des roquettes en Irak pour faire pression sur les Américains est "une erreur colossale de la part des Iraniens", dit-il, tandis que la riposte militaire américaine a donné l'impression qu'elle visait avant tout à "rassurer les Saoudiens" ce qui risque d'énerver encore plus Téhéran. Jusqu'ici, l'administration Biden n'a fait que des gestes symboliques, comme renoncer à réclamer le retour des sanctions de l'ONU que l'ONU avait de toutes manières refusé de rétablir.


Le dialogue serait-il donc dans l'impasse avant de démarrer? On pourrait le croire, tant Téhéran réclame toujours la levée préalable des sanctions quand Washington affirme vouloir une rencontre avant d'envisager un quelconque geste. Mais les défenseurs de l'accord de 2015 pressent le gouvernement américain de débloquer la situation, en donnant par exemple son feu vert officiel à la Corée du Sud qui souhaite lever le gel de milliards de dollars qu'elle doit aux Iraniens pour des achats de pétroles passés. Ou en approuvant un prêt du Fonds monétaire international à l'Iran.


Reuters/AFP

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