Avec la sortie du second volet de sa trilogie, le 22 octobre 2025, Alexandre Astier continue de faire vivre la légende du roi Arthur. Kaamelott : Deuxième Volet, partie 1 est à la tête du box-office pendant sa première semaine en salles, bien qu’il ne connaisse pas le même succès impressionnant qu’en 2021. Le mythe arthurien séduit toujours autant. Il est apparu il y a plus de 800 ans, au XIIe siècle, avec l’Historia Regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth. Le roi Arthur et ses chevaliers y sont introduits à l’origine pour édifier un mythe historique.
Il faudra attendre Chrétien de Troyes pour voir naître les premiers ouvrages de fiction en langue vulgaire consacrés au roi Arthur. Ses récits renouvellent le mythe arthurien, organisé traditionnellement par cycle, que la chercheuse en littérature Anne Besson définit de la manière suivante : « l’ensemble romanesque qui cherche à atteindre l’équilibre le plus efficace entre une indépendance relative des volumes et une totalisation par transcendance de l’ensemble ». À l’inverse, les romans de Chrétien de Troyes exploitent une narration sous forme de série, caractérisée par un retour répétitif, une discontinuité de l’intrigue et le fait que « les parties l’emportent sur le tout ». Cela permet de développer les différentes histoires des chevaliers de la Table Ronde le temps d’un roman sans avancer temporellement à la strate narrative supérieure, le récit débutant et s’achevant continuellement à la cour du roi Arthur. Le public devient rapidement friand des aventures chevaleresques de Lancelot, ou Le Chevalier de la charrette, et de Perceval, ou Le Conte du Graal, encore étudiées par les collégiens français du XXIe siècle.
Si l’appellation de « mythe arthurien » semble sous-entendre la présence d’un canon littéraire défini, le médiéviste William Blanc insiste sur la polymorphie de celui-ci en tant que « construction sans cesse en chantier que chaque auteur transforme pour qu’elle corresponde à ses attentes et à celles de son public ». Le mythe arthurien ne cesse de se réinventer au gré des multiples réécritures qui apparaissent lors de sa redécouverte au XIXe siècle en Angleterre. C’est particulièrement grâce à la relecture de La Morte d’Arthur, l’ouvrage de Malory du XVe siècle, qui condense plusieurs versions du mythe arthurien, que de nombreux écrivains inspirés s’emploient à ajouter leur œuvre à l’édifice.
Le mythe arthurien n’est pas un sujet exclusivement littéraire. Il est exploité dans divers médias, qu’il s’agisse de bande dessinée, de roman, de film, de pièce de théâtre ou de série. Au cinéma, on peut voir sur le grand écran des films comme Excalibur de John Boorman en 1981 ou Monty Python and the Holy Grail de Terry Gilliam et Terry Jones en 1975. Toutes les adaptations cinématographiques n’ont toutefois pas connu le même succès. C’est le cas de l’échec commercial du film d’animation de 1963 des studios Disney, Merlin l’Enchanteur, ou du blockbuster de 2017 des studios Warner Bros, Le Roi Arthur : la légende d’Excalibur. La légende du roi Arthur ne garantit pas le succès, mais elle continue de se développer dans des ouvrages contemporains qui abordent souvent les intrigues du mythe sous des angles correspondant aux attentes de la société actuelle. Il existe par exemple une réécriture féministe du gouvernement d’Arthur à Camelot dans la bande dessinée Morgane, réalisée par Simon et Stéphane Fert. Dans la tradition de Chrétien de Troyes, le récit se concentre sur un personnage invariant du mythe arthurien : la fée Morgane. Dans cette réécriture, les chevaliers de la Table Ronde ne sont plus des modèles de vertu, et Morgane, la demi-sœur d’Arthur, n’est plus une fée démoniaque. Cette bande dessinée nuance les représentations souvent manichéennes des personnages du mythe arthurien.
Le propre de la matière arthurienne est d’être caractérisée par des éléments invariants qu’il convient de détourner pour faire émerger de nouvelles adaptations. Parmi ces invariants, le mythe du Graal occupe une place centrale : objet mystérieux, il donne lieu à une quête monumentale. Ce mythe apparaît notamment dans l’univers de Picsou, dans la bande dessinée Une lettre de la maison publiée en 2004. Un autre invariant du mythe arthurien est Excalibur, l’épée magique que seul Arthur serait en mesure de déloger de son rocher. Dans le manga Seven Deadly Sins, publié entre 2012 et 2020, la mage Merlin prend sous son aile le dénommé Arthur Pendragon afin de l’aider à décrocher l’épée Excalibur. Bien que Merlin soit ici représenté sous les traits d’un personnage féminin, la référence reste explicite. D’autres œuvres sont plus discrètes quant à leurs inspirations arthuriennes. On peut penser au poème de T. S. Eliot, publié en 1922, intitulé The Waste Land, qui fait de nombreuses références, malgré une absence caractéristique de narration, au roi Pêcheur et à la Terre Gaste.
Le secret de la persistance du mythe arthurien réside dans sa présence transmédiale. Chacun peut y accéder selon ses habitudes de lecture ou de visionnage et ses préférences de genre narratif, faisant de la légende arthurienne un mythe accessible qui inspire encore de nombreux créateurs.