Pourquoi  “l’internationale trumpiste“ soutient-elle l’extrême droite française ? 

Depuis son ascension à la présidence, Donald Trump et son mouvement Make America Great Again (MAGA) mènent une politique agressive envers l’Union européenne (UE). Dans une note de la Stratégie de sécurité nationale, document interne servant de feuille de route pour la politique étrangère américaine et publiée en décembre 2025, l’administration Trump critique vivement l’Europe.

Elle lui prédit un « effacement civilisationnel » attribué à l’immigration de masse et à la perte des identités nationales. Ce document, aux allures de manifeste idéologique, expose clairement le projet du locataire de la Maison Blanche : démanteler l’UE et contrer l’effacement civilisationnel en soutenant les partis nationalistes européens partageant les mêmes objectifs.

Le mouvement MAGA dispose de relais idéologiques dans le monde et en Europe, formant une « internationale trumpiste » qui partage un projet conservateur et une vision du monde basée sur un conflit civilisationnel. Parmi ses figures, on trouve Javier Milei en Argentine, Giorgia Meloni en Italie, Viktor Orban en Hongrie ou encore le parti AfD en Allemagne. Donald Trump trouve aussi des alliés au sein de l’extrême droite française, idéologiquement proche, dont les objectifs convergent souvent avec le projet de refondation de l’Europe.

Dans le socle idéologique commun entre MAGA et l’extrême droite française, la question de l’immigration occupe une place centrale. En février 2025, s’adressant aux représentants européens à Munich, le vice-président américain J.D. Vance affirmait que l’immigration de masse était « le problème le plus pressant » pour l’Europe et qu’elle conduirait au remplacement de la population. Cette prise de position rappelle la théorie du « grand remplacement », développée par l’écrivain français Renaud Camus et reprise par les partis d’extrême droite en France. Les deux principaux partis d’extrême droite français, le Rassemblement national (RN) et Reconquête, font de la régulation de l’immigration leur mesure phare.

Le Rassemblement national, qui avait déjà soutenu Donald Trump pendant son premier mandat, entretient des relations étroites avec lui et ses associés. Des personnalités influentes proches de Trump, comme le jeune diplomate franco-américain Jacob Helberg ou son ancien conseiller à la Maison Blanche Steve Bannon, approchent régulièrement les dirigeants du parti. Ceux-ci participent à des événements organisés par la Heritage Foundation, think tank américain à l’origine d’un programme politique conservateur de 900 pages adressé au président américain, ou à des meetings pro-Trump, comme le « bootcamp for patriots », qui sert de camp d’entraînement idéologique pour les personnalités politiques eurosceptiques. Le parti Reconquête, fondé par Éric Zemmour, est également connecté à « l’internationale trumpiste » : Zemmour et sa compagne, l’eurodéputée et candidate à la mairie de Paris Sarah Knafo, avaient assisté à l’investiture de Donald Trump en janvier 2025, sur invitation de leur ami Jacob Helberg.

Marine Le Pen bénéficie particulièrement du réseau transnational trumpiste. Ayant qualifié l’UE d’« empire contre nos nations », elle incarne les espoirs d’un allié du trumpisme au pouvoir en France. Steve Bannon, invité d’honneur du congrès du Rassemblement national en 2018, l’avait présentée comme « parfaite pour être présidente de la France ». Elle peut aujourd’hui compter sur le soutien actif de Washington pendant son procès en appel pour l’affaire des assistants parlementaires européens : après une condamnation à l’inéligibilité pour cinq ans en première instance, deux émissaires américains ont sollicité l’aide de Magali Lafourcade, secrétaire générale de la Commission consultative des droits de l’Homme, pour trouver des moyens d’éviter la confirmation de la peine. Steve Bannon a aussi affirmé soutenir une éventuelle interdiction de séjour sur le sol américain pour les magistrats français l’ayant condamnée.

La stratégie d’entrisme des alliés du trumpisme s’appuie sur le soutien à l’extrême droite française. Au-delà des considérations idéologiques, le Rassemblement national défend un programme politique pour l’Europe aligné sur les objectifs et intérêts américains. L’opposition du parti aux normes environnementales européennes, jugées illégitimes, faciliterait l’accès des entreprises américaines aux marchés européen et français. En matière diplomatique, la France ne remettrait plus en cause l’alliance transatlantique, contrairement à ce qu’avait fait le président Emmanuel Macron au forum économique de Davos le 20 janvier 2026.

Malgré le soutien américain, le Rassemblement national tente parfois de prendre ses distances avec MAGA à l’approche des élections présidentielles françaises de 2027. Marine Le Pen et Jordan Bardella se sont distanciés des méthodes de l’ICE, la police de l’immigration américaine, responsable en janvier 2026 de la mort de deux citoyens américains, Renée Good et Alex Pretti. La députée du Pas-de-Calais a également condamné l’intervention américaine au Venezuela en début d’année, violation du droit international et de la souveraineté d’un pays. Reste à savoir si cette prise de distance avec Donald Trump relève de désaccords de fond ou vise simplement à rendre le partenariat avec cet allié embarrassant moins visible.

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