L’île est privée de ses importations de pétrole depuis le 9 janvier, date de la dernière livraison en provenance du Mexique. Cette crise s’aggrave en raison des infrastructures électriques vieillissantes de l’île, qui fonctionnent au gaz et au pétrole, rendant les huit centrales thermoélectriques régulièrement défaillantes.
Sous embargo depuis 1962, imposé par les États-Unis à la suite de la crise des missiles, les flux entrants et sortants de Cuba sont contrôlés par Washington. Cette restriction vise principalement à empêcher les entreprises américaines de commercer avec l’île, mais elle sanctionne aussi toute entreprise étrangère souhaitant le faire. Dans un contexte de tensions croissantes entre la Russie et les États-Unis, Washington justifie cet embargo comme une mesure destinée à condamner les relations entre Cuba et la Russie, qualifiant la situation de « menace exceptionnelle » pour sa sécurité nationale en raison de la proximité géographique entre les deux pays.
Les 11 millions de citoyens cubains subissent fréquemment des coupures d’électricité de plus de 15 heures consécutives. Selon une déclaration commune d’ONG, dont Handicap International et Care, 84 % des Cubains dépendent de l’électricité pour accéder à de l’eau potable.
Pour le carburant, le gouvernement cubain a suspendu les achats de diesel et limité ceux d’essence pour les particuliers. Chaque propriétaire de véhicule est restreint à l’achat de 20 litres d’essence, afin de privilégier les véhicules des services essentiels. Cette mesure s’accompagne de la généralisation du télétravail et de semaines de quatre jours. Les travailleurs cubains en subissent directement les conséquences et sont fortement incités à rester chez eux. La pénurie menace aussi plus de 8 900 petites et moyennes entreprises, ainsi que les emplois de nombreux Cubains, selon une étude du cabinet de conseil cubain Auge. Les transports publics ont vu leur fréquence fortement réduite, tandis que le prix des courses en taxi privé a doublé.
Sur le plan sanitaire, le président cubain, Miguel Diaz-Canel, a annoncé que le gouvernement avait dû reporter des opérations chirurgicales pour des dizaines de milliers de personnes, mettant en danger la vie de civils. Dès février, des médias locaux signalaient des ruptures de stocks de fournitures médicales essentielles, comme les analgésiques, les compresses et les antibiotiques. La crise énergétique a également entraîné l’accumulation d’ordures dans les rues de La Havane et d’autres grandes villes, le ramassage n’étant assuré qu’une fois par semaine faute de carburant. Une situation similaire en 2025, liée à une autre crise de carburant, avait provoqué une épidémie de maladies transmises par les moustiques, touchant un tiers de la population.
La crise énergétique aggrave aussi les pénuries alimentaires. Le pays, dépendant à 80 % des importations selon le Fonds international de développement agricole, voit ces pénuries amplifiées par un niveau de pauvreté élevé, alimenté par l’inflation et les bas salaires. En juillet 2025, 40 à 45 % de la population cubaine était considérée en situation de pauvreté, rendant l’accès aux produits alimentaires encore plus difficile pour ces foyers dépendants des distributions. Les problèmes logistiques et les difficultés de conservation contraignent par ailleurs à jeter les denrées périssables, comme la viande ou le lait, pour éviter les intoxications alimentaires. Selon l’AFP, des conteneurs s’accumulent dans le port de Mariel, à La Havane, faute de carburant pour distribuer les marchandises.
Pour gagner en autonomie énergétique et réduire ses dépendances, Cuba se tourne vers les énergies renouvelables. En 2014, le gouvernement annonçait vouloir produire un quart de son électricité à partir de sources renouvelables. Neuf ans plus tard, celles-ci ne représentent que 4 % du mix énergétique.
Face à cette situation, Donald Trump adopte une posture sceptique : « Il n’est pas nécessaire qu’il s’agisse d’une crise humanitaire. Je pense qu’ils viendront probablement nous voir pour conclure un accord. »