À cette crise régionale s’ajoutent des déplacements massifs à l’intérieur du pays : l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) estime à plus de 11 millions le nombre de personnes déplacées internes au Soudan (incluant celles déplacées avant et après le conflit), dont une majorité de femmes et d’enfants. Parmi elles, 27 % ont moins de 5 ans.
Le Tchad, pays frontalier, est sous pression : 67 000 Soudanais ont afflué après une récente attaque à Zamzam (nord-Darfour) au printemps 2025, dont plus de 40 000 en un mois selon le HCR, alors que les capacités d’accueil sont saturées. Déjà fragile, notamment face au changement climatique (classé parmi les pays les plus exposés), le Tchad doit gérer ces arrivées dans des régions reculées (Wadi-Fira, Ennedi-Est), souvent dépourvues d’infrastructures suffisantes. Les 860 000 réfugiés soudanais, comme les communautés hôtes, peinent à accéder à une quantité suffisante d’eau potable. Le financement de l’aide reste très insuffisant, ralentissant les efforts d’assistance. Selon l’HCR, seulement 30 % des fonds nécessaires pour la réponse d’urgence au Tchad ont été mobilisés.
En Égypte, les réfugiés soudanais font face à des procédures de séjour et de permis longues, coûteuses et souvent impraticables, ce qui limite leur accès au marché du travail et aux services essentiels. Beaucoup vivent dans la crainte d’être arrêtés ou expulsés, sans garantie d’accès à l’asile en raison de l’absence de documents légaux. La réduction des financements internationaux a aussi entraîné la suspension de programmes médicaux clés, laissant des milliers de réfugiés sans accès à des soins vitaux.
L’instabilité liée à ces flux migratoires a des répercussions sécuritaires : les camps de réfugiés au Tchad sont parfois exposés à des violences et à des risques d’exploitation. Ces déplacements massifs fragilisent la stabilité locale et régionale, dans un contexte de gouvernance déjà précaire. L’afflux continu de réfugiés dans l’est du Tchad exerce une pression accrue sur les ressources naturelles et les services essentiels, ce qui, selon l’Union européenne, pourrait aggraver les tensions intercommunautaires entre populations hôtes et nouveaux arrivants. L’Agence française de développement souligne que ces zones subissent une forte compétition pour l’accès à l’eau, aux terres et aux moyens de subsistance, aggravée par la diminution de l’aide humanitaire.
Sur le plan sanitaire, les pays voisins subissent également les conséquences de ces mouvements de population : dans les camps tchadiens, des maladies liées à la malnutrition, à l’eau contaminée ou à des épidémies comme le choléra menacent régulièrement les réfugiés. L’OIM indique qu’un nombre élevé de réfugiés a besoin d’assistance WASH (eau, assainissement) et de soins, tandis que les ressources des agences humanitaires sont insuffisantes face aux arrivées continues.
Les causes profondes de cette crise migratoire sont liées à la dynamique du conflit soudanais, où les RSF et le SAF s’affrontent pour le contrôle politique du pays, mais aussi pour des positions stratégiques et des ressources économiques locales, comme l’or ou les voies de transit vers les frontières. Cette lutte intensifie les combats dans des régions comme le Darfour et le Kordofan, entraînant des attaques contre des communautés civiles, notamment des groupes ethniques non-arabes, ce qui provoque d’importants déplacements forcés. De nombreux civils fuient vers des pays voisins, comme le Tchad, avec lequel ils partagent des liens communautaires et sociaux.
Sur le plan géopolitique, certains États extérieurs ont contribué à l’intensification du conflit en apportant un soutien, direct ou indirect, aux acteurs armés. Plusieurs rapports d’experts et sources internationales indiquent que les Émirats arabes unis (EAU) ont fourni un appui matériel et logistique aux RSF, malgré leurs dénégations officielles, prolongeant ainsi les combats. Cet appui inclurait des transferts d’armements, de drones et la facilitation de réseaux logistiques vers les zones contrôlées par les RSF, des pratiques documentées par des observateurs internationaux et sanctionnées par certains gouvernements.
Les motivations des acteurs comme les EAU mêlent intérêts stratégiques, économiques et politiques régionaux. Certains analystes suggèrent que la présence de réseaux influents liés aux exportations aurifères soudanaises ou à des projets agricoles et portuaires attire des puissances extérieures cherchant à sécuriser des intérêts commerciaux ou une influence régionale. Par exemple, des accords agricoles, des investissements près de centres miniers ou la dépendance des marchés du Golfe à certaines routes commerciales renforcent ces liens, même si les intentions précises restent débattues parmi les chercheurs et diplomates.
L’ONU souligne que les pays voisins peinent à accueillir les réfugiés soudanais : l’afflux a submergé les services de santé, d’éducation et les infrastructures de base dans des États comme le Tchad, l’Égypte, l’Éthiopie ou le Soudan du Sud. Les plans humanitaires de l’ONU pour la crise soudanaise en 2025 réclament 6 milliards de dollars pour aider près de 26 millions de personnes dans le pays et la région. Le Plan régional d’intervention pour les réfugiés, qui cible 4,8 millions de personnes, ne se limite pas à une assistance d’urgence : il prévoit aussi un soutien pour renforcer durablement les services publics nationaux, comme l’eau potable, les soins de santé et l’éducation, afin d’aider les pays d’accueil à répondre à des besoins au-delà de l’urgence immédiate.