Depuis 2022, l’économie russe est structurée autour d’une logique de guerre. Les dépenses publiques ont fortement augmenté, notamment sous l’effet de la hausse des soldes militaires et du soutien à l’industrie de défense. Les dépenses consacrées à la défense et à la sécurité représentent environ 8 % du PIB. Cette proportion pourrait toutefois être plus élevée, car près d’un quart du budget russe n’est pas publié. À titre de comparaison, la France consacre environ 2 % de son PIB à la défense. Au total, près de 40 % des dépenses publiques russes seraient orientées vers l’effort militaire.
Ce financement repose en grande partie sur les recettes tirées du pétrole et du gaz. Malgré les sanctions occidentales, ces ressources restent centrales. Toutefois, la dynamique s’est affaiblie à partir de 2025 : la baisse des prix du pétrole et le durcissement des sanctions ont entraîné une diminution significative des recettes. Les mécanismes de contournement des sanctions permettent de maintenir les flux commerciaux, mais au prix de coûts supplémentaires et d’une rentabilité moindre, ce qui réduit progressivement les marges budgétaires de l’État. Depuis 2022, les revenus pétroliers ont été divisés par plus de deux et les recettes fiscales associées ont reculé d’environ 24 %. Cette dépendance structurelle aux hydrocarbures rend le budget russe particulièrement sensible aux fluctuations des prix mondiaux de l’énergie, accentuant sa vulnérabilité en période d’instabilité économique.
Les recettes budgétaires de 2025 se sont ainsi révélées inférieures aux prévisions, avec un écart proche de 7,5 %. Cette baisse reste néanmoins relative, car la Russie parvient à contourner une partie des sanctions. Elle s’appuie sur des « navires fantômes » non assurés, sur des circuits commerciaux transitant par des pays tiers, ainsi que sur l’utilisation de monnaies alternatives comme le renminbi chinois pour ses transactions. La réorientation des exportations vers l’Asie permet d’atténuer les pertes, mais au prix de coûts plus élevés et de marges réduites. La remontée récente des prix du pétrole, liée notamment aux tensions au Moyen-Orient, offre un répit, mais cet équilibre demeure fragile.
Face à l’érosion des recettes énergétiques, le gouvernement russe a renforcé la pression fiscale. Le budget 2026 prévoit notamment une hausse de la TVA de 20 % à 22 %. Cette mesure s’inscrit dans une tendance plus large, déjà amorcée avec la réforme de l’impôt sur le revenu l’année précédente. Les entreprises sont également mises à contribution, avec un abaissement du seuil d’assujettissement à la TVA, qui élargit le nombre de petites structures concernées. L’objectif est clair : compenser la baisse des revenus extérieurs par une mobilisation accrue des ressources internes.
Enfin, le financement de la guerre repose sur un recours croissant à la dette domestique. En raison des sanctions, l’accès aux marchés financiers internationaux est fortement limité, ce qui contraint l’État à emprunter principalement sur le marché intérieur. La dette publique reste relativement faible, autour de 16,1 % du PIB en 2025, mais elle subit des pressions croissantes liées aux besoins de financement de l’économie de guerre. Le coût du service de la dette a fortement augmenté : les dépenses d’intérêts ont doublé depuis 2021, passant de 4,4 % à 8,8 % du PIB, et dépassent désormais celles consacrées à la santé et à l’éducation. Ce renchérissement s’explique par des taux d’intérêt élevés imposés pour attirer l’épargne nationale et compenser les risques liés à l’économie de guerre.L’effort militaire prolongé de Moscou s’effectue au prix d’une pression fiscale renforcée et d’une fragilisation progressive des équilibres macroéconomiques. Cet affaiblissement de l’économie russe a été reconnu au plus haut niveau de l’État. Lors d’une réunion au Kremlin en avril 2026, Vladimir Poutine a demandé à son gouvernement et à la banque centrale d’expliquer pourquoi les indicateurs macroéconomiques évoluaient en deçà des prévisions officielles et de proposer des mesures supplémentaires pour relancer la croissance. Si l’on reprend l’hypothèse de Friedrich Merz, selon laquelle « cette guerre ne se terminera que lorsque la Russie sera au moins économiquement, et peut-être aussi militairement, épuisée », alors les premiers signes d’usure structurelle de l’économie russe pourraient annoncer l’ouverture d’une nouvelle phase du conflit.