Comment la Thaïlande est-elle mise en difficulté par le Cambodge ?

Comment la Thaïlande, géant de l’ASEAN, est-elle affaiblie par le conflit frontalier qui l’oppose à son petit voisin cambodgien?

Depuis février, le Cambodge et la Thaïlande s’accusent mutuellement d’incursions dans des zones contestées de leur frontière dont le tracé, hérité de la colonisation française, est contesté depuis 1904. Les tensions ont augmenté à la frontière avec des échanges de tirs causant la mort d’un soldat cambodgien le 28 mai. En réaction, le Cambodge a interdit les importations de certains biens alimentaires thaïlandais et Bangkok a imposé des restrictions de passage aux frontières. Ce conflit territorial a des conséquences opposées pour chacun des deux pays : au Cambodge, il renforce la popularité du clan Hun grâce à un élan patriotique anti-siamois ; en Thaïlande, il affaiblit la coalition de la Première ministre et plonge le pays dans une crise politique et financière.

Côté cambodgien, le gouvernement autoritaire d’Hun Manet profite des « dividendes nationalistes » en fédérant autour d’un sentiment anti-thaïlandais. Sous son impulsion, plusieurs manifestations « patriotes » se sont déroulées à la mi-juin, rassemblant des dizaines de milliers de soutiens.  

À l’inverse, la Thaïlande, pourtant militairement et économiquement plus forte, ressort affaiblie de ce conflit. La Première ministre P. Shinawatra est critiquée pour sa gestion maladroite de la crise et pour avoir donné l’image d’une dirigeante faible face aux Cambodgiens. Les appels à sa démission se multiplient, d’autant que le retrait de la coalition gouvernementale du parti Bhumjaithai ne lui laisse qu’une courte majorité. D’autres partis pourraient suivre, entraînant la chute de son gouvernement. L’humiliation est aggravée par la fuite d’un enregistrement où l’on entend Shinawatra appeler Hun Sen, l’ex-Premier ministre cambodgien et père de Hun Manet, « mon oncle » et critiquer le général thaïlandais en charge de la région frontalière. La fuite aurait été orchestrée par Hun Sen lui-même pour déstabiliser la Thaïlande, un jeu risqué car un gouvernement plus hostile au Cambodge pourrait lui succéder.

Sur le plan économique, la bourse thaïlandaise a chuté à son plus bas niveau depuis la crise du Covid-19, traduisant une perte de confiance dans la stabilité politique du pays. Le Cambodge a suspendu ses importations de fruits et légumes thaïlandais, et d’autres produits pourraient s’ajouter à la liste. Cette décision intervient alors que la Thaïlande voit sa production fruitière bondir de 20 % en 2025 et cherche activement des débouchés à l’export.

Ce n’est pas le premier conflit frontalier entre les deux pays. Entre 2008 et 2011, les tensions autour du temple de Preah Vihear avaient fait des dizaines de morts. La Cour internationale de justice avait alors reconnu la souveraineté du Cambodge sur le site. Toutefois, la Thaïlande continue de contester la convention franco-siamoise de 1904, qui fixe encore aujourd’hui la frontière entre les deux pays. Elle estime que ce traité a été signé dans un contexte défavorable où le royaume avait dû céder face à l’impérialisme français.

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