Comment les cartels latino-américains redessinent les circuits en passant par l’Afrique de l’ouest pour atteindre l’Europe ?

L’Afrique de l’Ouest est devenue une voie de transit privilégiée par les cartels latino-américains, suite aux durcissements des contrôles dans les ports européens. Des pays comme la Gambie ou la Côte d’Ivoire sont confrontés à un afflux de cocaïne marqué par des saisies records. En effet, la région sahélienne est traversée par une instabilité politico-sécuritaire qui favorise l’exploitation de ces territoires comme base logistique par les cartels vers l’Europe. Cette situation alerte les Européens et l’ONU sur les conséquences sécuritaires et sanitaires que représente l’essor du trafic dans cette région. Comme l’affirme A. P. de Andrès, responsable à l’ONU contre la drogue et le crime (ONUDC) : « L’Afrique se consolide comme la première route de trafic de cocaïne vers l’Europe. »

L’utilisation de l’Afrique de l’Ouest comme voie de transit vers l’Europe est un phénomène apparu à partir des années 2000. Cependant, son exploitation par les narcotrafiquants n’a cessé de croître,  en particulier ces cinq dernières années, avec des saisies record de plusieurs tonnes de cocaïne, liées à l’envolée de la consommation en Europe, où les interceptions ont triplé depuis 2010.

Principalement produite au Pérou, en Colombie et en Bolivie, la cocaïne est massivement exportée vers les marchés américains et européens, qui comptent chacun près de 5 millions de consommateurs. Les routes de la cocaïne suivent les voies commerciales de la mondialisation, dont les échanges entre les pays sont facilités et rendent plus difficiles les contrôles liés à la massification des flux. Les revenus générés, une fois la cocaïne acheminée en Europe, permettent des marges qui varient entre 4 000 % et 6 000 % pour les cartels.

Ces produits, en transitant par le Sahel, permettent de financer des groupes armés et terroristes. En effet, les différentes tribus sahariennes, maliennes et nigériennes ont le contrôle sur les trafics sahariens de la cocaïne débarquée dans les ports du golfe de Guinée à destination de l’Europe. Le JNIM (Jamāʿat nuṣrat al-islām wal-muslimīn), groupe affilié à Al-Qaïda, gère notamment le transit saharien de la cocaïne venue de ces ports. D’après un rapport d’Interpol, les groupes armés tirent plus d’un quart de leurs revenus de la drogue. La persistance de l’instabilité politique et sécuritaire profite à ces réseaux.

Le Sahel constitue une route privilégiée des groupes criminels qui s’appuient sur ces organisations armées, lesquelles profitent de ce territoire semi-désertique ainsi que de la défaillance et de la corruption des États de la zone. La corruption et le blanchiment d’argent sont des facteurs majeurs facilitant le trafic de drogue, selon le rapport de l’ONU. Cet argent issu de la drogue maintient et intensifie les conflits existants.

En parallèle, il constitue un palliatif pour ces économies défaillantes.  Ce trafic impacte également les populations, qui deviennent à la fois des consommateurs, mais aussi des acteurs de la transformation des différentes drogues. 

Vous aimez lire nos décryptages ?

Soutenez-nous ! Parce que nous sommes un média :

Nos Dernières Synthèses

L'usage massif des drones en Ukraine marque-t-il un tournant dans les doctrines de guerre convention...

Si les innovations technologiques ont toujours transformé les modes de combat de...

Quel est l’état des relations entre la Chine et l’Iran ?

Téhéran et Pékin se retrouvent sur une posture commune d’anti-occidentalis...

Comment la représentation des violences sexuelles a-t-elle évoluée dans l'ère post-MeToo ? 

Il n’a pas fallu attendre MeToo pour parler des VSS au cinéma. De multiples scèn...

Rejoignez notre communauté

Recevez chaque semaine nos derniers dossiers, grands entretiens et décryptages dans votre boite mail !