Comment son alliance avec Israël fragilise la volonté de l’Inde de représenter le Sud Global ?

Pays le plus peuplé du monde et en passe de devenir la 4ᵉ économie mondiale, l'Inde s'affiche de plus en plus comme un acteur géopolitique central. Invitée en juin 2025 au sommet du G7, l’un des membres fondateurs du club des BRICS s’est présentée comme la « voix du Sud global ». Une notion géopolitique en vogue, qui désignerait l'ensemble des pays, pour la plupart décolonisés, qui refusent la tutelle des pays occidentaux sur la scène internationale, en les accusant régulièrement de double standard. Néanmoins, la volonté indienne de s’ériger en tant que représentante du monde non occidental se fissure face à la réalité de sa politique internationale, avec notamment son alliance économique et militaire depuis dix ans avec Israël, qui accentue sa guerre sans limites dans la bande de Gaza.

Inventé en 1969 par l’activiste universitaire américain Carl Oglesby, le concept de « Sud global » est aujourd’hui revendiqué par de nombreuses puissances émergentes (Brésil, Afrique du Sud, Inde). Cette notion leur permet de mieux afficher leurs divergences avec les puissances occidentales sur des sujets comme le conflit russo-ukrainien, notamment en continuant, pour l’Inde, à acheter du gaz russe au mépris des sanctions européennes, ou sur la guerre au Proche-Orient.


L’Inde fut longtemps un pays allié des Palestiniens, allant jusqu’à être la première nation non arabe à reconnaître l’État de Palestine après sa proclamation par l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) le 15 novembre 1988. Ce n’est qu’en 1992 qu’elle établira une reconnaissance diplomatique complète à Israël en autorisant l’ouverture d’une ambassade à New Delhi.


C’est à partir de 2014 et de l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi que commence à se développer une alliance stratégique : en achetant plus de deux milliards de dollars d’armes par an, l’Inde est devenue le premier marché d’équipements militaires d’Israël. En retour, l’Inde a fourni de nombreuses munitions, roquettes et drones de combat à Tsahal pour sa guerre contre le Hamas.

Il faut comprendre ce revirement indien par un point commun entre Modi et Nétanyahou : tous deux sont des leaders à la gouvernance de plus en plus illibérale et portés par des majorités politiques ultra-religieuses et ethno-nationalistes. Tous deux estiment avoir comme ennemi commun le terrorisme islamique, et c’est pour cette raison que l’Inde fut l’un des premiers États à apporter son soutien à Israël après le 7 octobre, faisant le parallèle avec les attentats de Bombay en 2008, causés par une organisation terroriste islamique basée au Pakistan.


Alors que l’opération militaire israélienne crée une crise humanitaire sans précédent dans la bande de Gaza, le cas de l’alliance israélo-indienne est une démonstration de la difficulté de faire émerger un réel espace géopolitique alternatif que serait le Sud global.

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