Suite au succès en 2010 de la nouvelle version d’Alice au pays des merveilles, ayant rapporté plus de 1 milliard de dollars, la nostalgie devient un pivot stratégique pour Disney. Suscitant “un sentiment d’enchantement” presque irrésistible selon les chercheurs Hartmann et Brunk, elle est utilisée dans les remakes pour répondre à notre désir de revenir à une époque perçue comme plus simple avec moins de responsabilités.
Dans son ouvrage Sur la plage: mœurs et coutumes balnéaires, le sociologue Jean-Didier Urbain analyse la manière dont la société transforme le passé en un objet culturel et commercial. Les industries créatives utilisent la nostalgie comme reconstruction artificielle d’un passé idéalisé, mobilisée pour produire du réconfort dans un monde en changement. En jouant sur le recyclage, ces adaptations recréent ce “temps suspendu”, retravaillé, enjolivé et modernisé qui devient une expérience marchande et émotionnelle. Une stratégie qui permet au studio de capter un public multigénérationnel, une mine d’or pour maximiser les bénéfices. C’est ce qu’a montré l’animatrice du podcast Going Rogue Tansy Gardam, expliquant que “pour les spectateurs (…) il y a ce côté rassurant de regarder quelque chose que l’on a déjà vu. Et pour les parents s’ajoute le fait de savoir qu’ils pourront le montrer à leurs enfants sans danger”.
Cette redynamisation du catalogue de Disney entraîne également la monumentalisation de ses œuvres, ne restant pas gravées dans un temps passé révolu, mais continuant à nourrir des imaginaires présents dans un travail de mémoire. Et les résultats sont au rendez-vous. En moins de dix ans, ces rééditions en live action ont rapporté plus de 7 milliards de dollars au studio. Le remake du Roi Lion est devenu l’un des films les plus lucratifs de tous les temps avec 1,6 milliards de dollars de recettes, tandis que La Belle et la Bête a rapporté près de 1,3 milliard et Aladdin version Guy Ritchie plus d’1 milliard. Si cette stratégie paie, elle est peut être vouée à l’obsolescence selon le journaliste Laurent Armand-Zuniga : “Il arrivera bien un moment où le public va se lasser et où le catalogue de franchises sera épuisé”.