Une coopération renouvelée. Alors que Vladimir Poutine fêtait au même moment la reddition de l’Allemagne nazie aux côtés de Xi Jinping, la France et la Pologne signaient le traité de Nancy. La Pologne, qui partage 200 km de frontière avec la Russie par l’enclave russe de Kaliningrad, est sous la menace constante d’incursions russes depuis la guerre en Ukraine. En signant ce traité, la France et la Pologne se promettent une assistance mutuelle « en cas d’agression armée sur leur territoire”, “ y compris par des moyens militaires”, comme le consacre l’alinéa 2 de l’article 4 du traité.
Il s’agit, ce faisant, du premier traité d’amitié de cette ampleur signé avec un État non limitrophe à la France. Ce traité institutionnalise des réunions annuelles entre les différents corps armés, des exercices conjoints et une coopération industrielle renforcée, y compris dans l’espace extra-atmosphérique et le cyberespace. Ainsi, la Pologne s’engage à “promouvoir” “progressivement”, l’achat d’équipements de défense fabriqués par les industriels européens. Le traité de Nancy comporte une dimension nucléaire importante. En effet, lors de la conférence de presse, E. Macron a affirmé que la “clause de solidarité” entre la France et la Pologne incluait “l’ensemble des composantes”, donc, y compris la dissuasion nucléaire. Le chef de l’État français a donc réaffirmé la dimension européenne du parapluie nucléaire français.
Ce traité est survenu en pleine campagne présidentielle polonaise dont le premier scrutin était prévu ce 18 mai. Il illustre l’affirmation d’un gouvernement qui souhaite convaincre les pro-européens. « A l’heure actuelle, le virage vers l’Europe et le rapport aux États-Unis est un des principaux clivages de la scène politique polonaise, détaille M. Buras. “Plus le gouvernement se tourne vers l’Europe, plus il se retrouve sous les feux de l’opposition nationaliste, accusé de remettre en cause la sacro-sainte alliance avec Washington. ». Cette stratégie ne s’est pas avérée payante étant donné le résultat du second tour. C’est le conservateur nationaliste Karol Nawrocki qui l’a emporté face au libéral pro-européen Rafał Trzaskowski.