L’élimination du Guide suprême Ali Khamenei a-t-elle provoqué l’effondrement de la chaîne de commandement ?

Le 28 février 2026 à 03 h 15, heure locale, une frappe de l’armée de l’air israélienne sur le complexe de Jamaran à Téhéran a éliminé le Guide suprême Ali Khamenei, âgé de 86 ans. Les frappes ont ciblé le Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN), tuant le général Hossein Salami, commandant en chef des Gardiens de la révolution (CGRI), et le général Esmail Qaani, chef de la force Al-Qods. En détruisant simultanément la clé de voûte religieuse et le haut commandement militaire, cette décapitation stratégique prive l’Iran de son unique centre d’arbitrage, provoquant un transfert du pouvoir vers les militaires et marquant la mutation du régime vers un renforcement du contrôle exercé par les Gardiens de la révolution.

La disparition de la figure tutélaire du velayat-e faqih (tutelle du juriste religieux) et du haut commandement militaire paralyse l’architecture institutionnelle iranienne. Selon l’article 110 de la Constitution de 1979, le Guide suprême centralise la totalité des prérogatives de commandant en chef des forces armées, déclare la guerre, signe la paix et dirige l’appareil sécuritaire. L’article 111 prévoit la formation d’un Conseil provisoire de direction en cas d’empêchement du leader, composé du président de la République, du chef du pouvoir judiciaire et d’un théologien désigné par le Conseil des Gardiens. La désintégration physique de ce sommet étatique laisse les 88 membres de l’Assemblée des experts face à une situation d’urgence institutionnelle inédite. La rivalité entre les factions conservatrices bloquant l’émergence d’un héritier consensuel avant la frappe, aucune ligne de succession claire n’avait été établie.

La paralysie du pouvoir civil déplace le centre de gravité de l’État vers l’échelon intermédiaire du Corps des Gardiens de la révolution. Comme l’analysent les chercheurs Clément Therme et Bernard Hourcade, cette crise marque l’avènement d’un « nouveau régime des gardiens » et la militarisation totale du pays. Le quartier général de Khatam-al Anbiya, centre de la défense antiaérienne iranienne, déclenche en réponse le protocole « Tempête Noire ». Ce plan d’urgence verrouille l’espace public : coupure totale du réseau internet national, déploiement de 150 000 miliciens du Bassidj dans les artères de la capitale et instauration de la loi martiale dans les quatorze provinces sensibles du pays. Les commandants régionaux du CGRI s’emparent des infrastructures de radiodiffusion et sécurisent les terminaux d’exportation pétrolière de l’île de Kharg, dont la production de 2,8 millions de barils par jour constitue la source principale de devises du gouvernement.

Le cabinet de sécurité israélien justifie l’élimination du Guide par la volonté tactique de rompre la chaîne de transmission hiérarchique reliant Téhéran aux milices de l’Axe de la résistance, telles que le Hezbollah au Liban ou les Houthis au Yémen. Les interceptions satellitaires révèlent une fragmentation immédiate des ordres. Le Hezbollah et les Houthis perdent leur commandement opérationnel central, les forçant à adopter des postures défensives autonomes. Cette décapitation n’a cependant pas provoqué l’effondrement du régime. Comme l’explique le chroniqueur géopolitique Pierre Haski, l’Iran s’appuie sur une doctrine militaire « mosaïque », conçue dès la guerre contre l’Irak dans les années 1980. Cette décentralisation de la responsabilité a permis aux chaînes de commandement de fonctionner en autonomie, le régime parvenant, malgré son affaiblissement, à frapper de multiples cibles dans le Golfe en représailles.

Les marchés financiers mondiaux intègrent instantanément la perspective d’une dislocation de l’État iranien, mais l’Iran se montre résilient en tenant l’économie mondiale en otage. Le cours du baril de Brent bondit de 14 % à l’ouverture de la bourse de Londres le 28 février, atteignant 108 dollars, face au risque d’une fermeture désordonnée du détroit d’Ormuz. La vacance du pouvoir exacerbe les luttes de clans au sein de l’appareil sécuritaire : la force Al-Qods exige une riposte balistique massive, tandis que les cadres politiques survivants plaident pour préserver l’infrastructure économique de l’État. L’effacement d’Ali Khamenei confronte la République islamique à la restructuration la plus violente de son histoire. Pour pallier ce vide, une transition est orchestrée en urgence : le CGRI manœuvre pour asseoir Mojtaba Khamenei, le fils du Guide, à la tête de l’État. Cette courte ouverture dynastique ne fait que confirmer une réalité nouvelle : la survie de la République islamique dépend désormais de la discipline stricte de ses forces armées.

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