L’Europe de la défense devient-elle inclusive avec le programme SAFE ?

Le 20e sommet UE-Canada s’est tenu à Bruxelles en juin 2025. Un accord sur la défense et la sécurité a été signé entre l’UE, représentée par António Costa et Ursula von der Leyen, et le Canada, représenté par Mark Carney. L’accord constitue une étape vers l’intégration du Canada dans le programme SAFE (Security Action For Europe). Il vise à renforcer l’armement militaire de l’Europe par un plan d’acquisition d’armes de 150 milliards d’euros. L’objectif est de mutualiser les moyens de défense tout en réduisant les dépendances critiques, aussi bien pour l’UE que pour le Canada. Ursula von der Leyen qualifie cet accord comme étant le « plus complet que nous ayons jamais conclu ». Le média Bloomberg parle même d’un accord officialisant l’intégration du Canada dans le plan SAFE d’ici la fin juillet.

Guerre en Ukraine, tensions en mer Baltique et incertitudes quant à l’engagement américain dans l’OTAN modifient profondément la perception de la sécurité en Europe. Dans ce contexte, l’UE ne peut plus rester qu’un acteur économique. Elle doit aussi devenir un pôle militaire cohérent et crédible. 

Le programme SAFE fait partie d’un programme plus important présenté en mars 2025 par la Commission européenne. Il a pour objectif de mobiliser jusqu’à 800 milliards d’euros en vue de réarmer le continent européen face au désengagement américain et à la menace russe. Il s’agit du plan ReArm Europe (Readiness 2030). La participation d’États comme le Canada peut stimuler la coopération industrielle et technologique, et favoriser l’émergence de nouvelles entreprises non américaines dans le domaine de la défense. Par exemple, Mark Carney réexamine la décision du gouvernement précédent d’acheter 88 chasseurs-bombardiers F-35 à l’entreprise américaine Lockheed Martin, bien qu’il se soit engagé à acheter les 16 premiers appareils. L’Eurofighter, le Rafale français ou le Gripen suédois sont des alternatives possibles à l’avion de chasse américain.

Le Canada n’est pas le seul pays à intégrer prochainement ce plan d’action SAFE. Le pacte de sécurité est une version similaire à l’accord que l’UE a signé avec le Premier ministre britannique, Keir Starmer, en mai 2025, ou encore avec la Norvège. L’Ukraine pourrait également y participer, et un accord avec l’Islande est proche d’être conclu.

S’éloignant du président Donald Trump, Mark Carney décrit le Canada comme « le plus européen des pays non européens ». Interrogé sur l’endroit où il se trouve le plus à l’aise entre Bruxelles et Washington, il reste évasif : « nous avons des opinions similaires (avec l’UE) ». Le programme, indique CBC, « est perçu comme une étape pour rendre le Canada moins dépendant et moins vulnérable face aux caprices des États-Unis ». Lloyd Austin, militaire et 28ᵉ secrétaire de la Défense américain, estime, lui, que « ce serait une grave erreur » pour des pays alliés européens de moderniser leurs forces armées sans les États-Unis.

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