L’Europe peut-elle encore produire de l’acier ?

Comment la crise énergétique a-t-elle fait plonger la sidérurgie européenne dans une situation de crise ?

Depuis 2021, la sidérurgie européenne traverse une crise profonde, exacerbée par la flambée des prix de l’énergie, une hausse de près de 41% pour l'électricité et de 22% pour le gaz, la surcapacité mondiale, la concurrence déloyale des importations à bas coût et une demande intérieure en déclin. Les coûts de production ont explosé, rendant de nombreuses installations non rentables. Des géants comme ArcelorMittal ont fermé ou mis en pause plusieurs sites, tandis que des milliers d’emplois sont menacés. La transition vers une production décarbonée, bien que nécessaire, est freinée par le manque d’infrastructures énergétiques adaptées et des coûts d’investissement colossaux.

Le prix de l’électricité et l’augmentation des coûts de production en Europe sont désormais 3 à 4  fois plus élevés qu’en Chine ou aux États-Unis, selon le directeur général d’Eurofer. La hausse des quotas carbone ont également contraint des acteurs majeurs comme ArcelorMittal à stopper des projets de décarbonation, comme à Dunkerque et Fos-sur-Mer. Bien que les quotas carbone visent à encourager la décarbonation, leur hausse soudaine peut alourdir les coûts pour les industriels comme ArcelorMittal, rendant certains projets trop risqués ou coûteux à court terme.

En Allemagne, ArcelorMittal a mis à l’arrêt des hauts-fourneaux à Brême, invoquant des coûts énergétiques exorbitants et une demande en baisse, notamment dans l’automobile.

La sidérurgie européenne fait face à une concurrence féroce, en particulier de la part de la Chine, qui exporte de l’acier à bas coût en masse, vers l’Allemagne ou encore le Luxembourg. Cette situation a fait chuter de 30 %  la production d’acier dans l’UE et fait perdre  100 000 emplois dont 636 dans le Nord-Est de l’Hexagone.

Le président d’ArcelorMittal France a averti que les sites européens risquent de fermer si des mesures de protection ne sont pas mises en place. La décarbonation du secteur nécessite des investissements massifs et une infrastructure énergétique adaptée. ArcelorMittal vise la production de 4 millions de tonnes d’acier sans émission d’ici 2026, en utilisant de l’hydrogène et des fours électriques. La disponibilité d’hydrogène vert et d’électricité décarbonée restant insuffisante, cela freine cette transition.

Des projets comme Hybrit en Suède explorent l’utilisation de l’hydrogène pour remplacer le charbon dans la production d’acier. Bien que prometteurs, ces procédés restent plus coûteux : produire de l’acier avec de l’hydrogène peut coûter 30 à 50 % de plus que les méthodes classiques reposant sur le charbon.Face à cette crise, les industriels et syndicats, comme Eurofer et la CES, appellent l’UE à agir. Ils réclament des droits de douane renforcés contre les importations d’acier non conformes aux normes environnementales européennes, ainsi que des aides à la décarbonation et des investissements dans les infrastructures hydrogène. Ces mesures sont jugées cruciales pour préserver l’avenir de l’industrie sidérurgique européenne confrontée à une double pression : la transition climatique et la concurrence internationale.

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