Plus de 75 ans après l’échec du plan de partage de l’ONU et la solution à deux États, la question palestinienne reste l’un des enjeux les plus sensibles de la diplomatie mondiale. En 1947, l’ONU hérite du mandat britannique au Levant et prévoit un Etat juif sur 56% de la Palestine, un arabe sur les 44 % restants et une Jérusalem sous administration internationale. Mais dès 1948 et la proclamation de l’État d’Israël, la guerre éclate avec les pays arabes voisins et Israël s’empare de 77 % du territoire prévu à l’État arabe, provoquant l’expulsion ou la fuite de plus de la moitié de la population arabe palestinienne et enterrant la construction de l’État promis.
Durant des décennies, la diplomatie piétine, mais l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) s’impose comme la voix du peuple palestinien sur la scène internationale et devient en 1974 membre observateur à l’ONU. En 1988, réunis à Alger, ses dirigeants proclament l’État de Palestine. Quatre-vingt-quatorze pays, dont en Europe les États satellites de l’URSS, lui apportent une reconnaissance prématurée même si elle ne réunit pas tous les éléments nécessaires (territoire, population, souveraineté), mais espèrent accélérer le processus de construction étatique en lui apportant de la légitimité.
La France, mesurée, refuse sous François Mitterrand une reconnaissance formelle, bien que les travaux de chercheurs comme Insaf Rezagui démontrent une reconnaissance implicite de la France. Aujourd’hui, Emmanuel Macron souhaite franchir le pas, en conditionnant cependant cette pleine reconnaissance à un cessez-le-feu et à une aide humanitaire à Gaza, ainsi que la libération de tous les otages détenus par le Hamas. Elle est aussi en faveur d’un engagement de démilitarisation de ce dernier. La France espère insuffler une vague de soutiens internationaux à laquelle la Grande-Bretagne, le Canada et le Portugal ont déjà répondu en annonçant leur intention de reconnaitre également, sous conditions, l’État palestinien. Cette reconnaissance, si elle se concrétise, ne signifierait pas la naissance immédiate d’un État souverain mais donnerait le répit nécessaire à sa mise en place et son ancrage pour arriver à une paix durable dans la région.