Pourquoi le corridor de Suwalki est un lieu stratégique pour les européens comme pour les russes ?

Le corridor de Suwalki est la frontière terrestre entre la Pologne et la Lituanie. Une bande de terre de 60 kilomètres, reliant les pays baltes au reste de l’Europe et séparant l’enclave de Kaliningrad de la Biélorussie. Pour l’Union européenne, c’est un territoire stratégique car il empêche Moscou d’être reliée à son enclave par voie terrestre, via la Biélorussie. C’est aussi un lieu stratégique pour les États européens de l’OTAN car, en cas de perte de ce corridor, les pays baltes seraient coupés du reste du continent à l’échelle terrestre. Pour la Russie, Suwalki est stratégique car il pourrait permettre à Vladimir Poutine d’avoir un accès terrestre à Kaliningrad, en coupant l’Europe en deux. La Russie empêcherait alors l’envoi par voie terrestre de renforts de l’OTAN en Baltique.

Ce corridor de Suwalki est une “inquiétude historique”, comme le déclare Thibault Fouillet, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique. Déjà, pendant la guerre froide, sa position géographique suscitait des interrogations et velléités de la part du bloc soviétique, alors même que les pays baltes étaient membres de l’URSS. C’est en 2004 que l’enjeu autour du corridor de Suwalki prend une autre dimension, suite à l’élargissement de l’OTAN. L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, ainsi que d’autres pays anciennement soviétiques, deviennent membres du Traité de l’Atlantique Nord. 

En 2014, lorsque Moscou annexe la Crimée, les États baltes font face à de nouvelles ambitions territoriales de Vladimir Poutine, et redoutent une annexion du corridor. Une peur justifiée par un rapport du think tank Rand en 2016, qui confirme que les pays baltes seraient encerclés par la Russie en à peine 60 heures. Face au danger, les États de la Baltique ainsi que la Pologne ont décidé d’adopter une posture défensive. Le “Bouclier oriental” est le projet polonais de défense contre une potentielle invasion, lancé à la fin de l’année 2024 : concentration de troupes près du corridor, tranchées creusées, blocs de béton antichars et renforcement des clôtures. 

Les pays baltes ont, eux, lancé en 2024, la “ligne de défense de la Baltique.” Un système similaire à celui de la Pologne. Ces pays ont depuis franchi un cap supplémentaire en déclarant vouloir se retirer de la Convention d’Ottawa, sur l’interdiction des mines antipersonnel. Ils jugent que ce désarmement serait un danger face à la menace russe. Une menace cependant nuancée par le chercheur Thibault Fouillet, qui explique que “Ce que pouvait faire l’Union soviétique en envahissant une partie de l’Europe, la Russie ne peut pas le faire aujourd’hui.” Une incapacité notamment expliquée par l’échec du plan d’invasion de l’Ukraine et les faiblesses montrées par l’armée russe, ainsi que les importantes pertes. La Russie fait aussi face à un renforcement de l’OTAN suite à l’adhésion de la Finlande, qui rebat les cartes, et accentue la défense contre Moscou.

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