La situation révèle l’incapacité du Mali à contrer durablement la menace terroriste, dans un contexte de crise profonde de gouvernance et de développement qui affaiblit la capacité de l’État à contrôler son territoire.
Sur le plan politique, le Mali traverse depuis plus de dix ans une instabilité chronique, marquée par plusieurs coups d’État. Ces ruptures institutionnelles ont sapé la légitimité des autorités centrales, générant des tensions entre civils et militaires ainsi que des luttes de pouvoir internes. Ces divisions entravent la prise de décision et la mise en œuvre de politiques cohérentes.
Le manque de services essentiels — santé, éducation, accès à l’eau potable, infrastructures de base — nourrit un sentiment d’abandon, surtout dans les régions du nord et du centre. Historiquement marginalisées et faiblement intégrées par le pouvoir central, ces zones offrent un terrain propice à l’implantation de groupes armés.
La question touarègue illustre l’absence durable de l’État malien dans le nord du pays. Depuis l’indépendance, les populations touarègues dénoncent leur marginalisation politique et économique, ainsi que le manque de présence administrative et sécuritaire. Ce vide a favorisé l’implantation et l’enracinement de groupes armés, dont les mouvements djihadistes exploitent les frustrations locales pour s’imposer.
Dans ce contexte, les groupes djihadistes développent une stratégie d’insurrection territoriale, exploitant les failles sécuritaires de l’État. La pression constante qu’ils exercent contraint les forces maliennes à limiter leurs opérations, voire à se retirer de certaines zones, laissant place à l’implantation durable de groupes qui se présentent comme des acteurs de substitution. Ils instaurent des formes de gouvernance locale — perception d’impôts, justice parallèle, régulation des activités économiques, services sociaux rudimentaires —, renforçant leur légitimité et facilitant leur recrutement.
À la fragilité politique s’ajoutent les limites des stratégies sécuritaires. La lutte antiterroriste repose surtout sur une approche militaire et répressive, avec des opérations de grande envergure menées par l’armée malienne et ses partenaires étrangers. Cette stratégie, axée sur la guerre conventionnelle, a permis des succès tactiques limités, comme l’élimination de certains chefs djihadistes, mais n’a pas empêché la reconstitution des groupes armés. En l’absence d’une véritable stratégie de contre-insurrection intégrant la sécurisation des populations, la gouvernance locale et le développement, l’État malien n’a pu empêcher le redéploiement des groupes vers des zones plus peuplées.
Le recours successif à des acteurs militaires étrangers — d’abord français jusqu’en 2022, puis russes avec le groupe Wagner, remplacé en 2025 par l’Africa Corps — souligne l’incapacité structurelle de l’armée malienne à assurer seule la sécurité du territoire. Cette dépendance révèle la faiblesse des capacités étatiques et l’absence d’autonomie stratégique en matière de défense. Les changements d’alliances reflètent l’instabilité de l’État et l’absence de stratégie sécuritaire durable, tandis que la présence de ces groupes étrangers n’a ni enrayé l’expansion des organisations terroristes ni amélioré la situation sécuritaire.
La menace djihadiste reste donc active et récurrente, comme le montre une attaque récente du JNIM. En janvier 2026, des assaillants ont visé trois sites industriels dans l’ouest du Mali et enlevé plusieurs civils, confirmant la persistance et l’intensification des violences malgré les efforts de l’armée malienne et de ses alliés.