Le SCAF n’est pas uniquement un avion de combat, mais un système de systèmes. Il intègre une architecture, représentée en sept piliers : avion, moteur, furtivité, cloud de combat, etc. Les piliers furent ensuite répartis entre les industriels des trois pays, selon le principe du meilleur athlète : chaque entreprise est chargée de la partie dans laquelle ses compétences ont déjà été démontrées. Par exemple, Dassault fut désigné leader sur la conception de l’avion en partenariat avec Airbus pour l’Allemagne et l’Espagne.
Alors qu’une coopération internationale semblait nécessaire pour amortir les considérables coûts de développement du SCAF (40 milliards d’euros), cette dernière est responsable de plusieurs frictions. Avec son organisation en piliers, le SCAF ne possède pas d’arbitre à l’échelle du projet, capable de trancher les litiges, obligeant les industriels à négocier entre eux en permanence. La charge de travail entre les industriels ayant été divisée en trois parts égales, Dassault Aviation, malgré son statut de maître d’œuvre, se retrouve en minorité face à Airbus et ne parvient pas à imposer ses choix. Dassault refuse en outre de partager ses brevets avec Airbus, de peur d’un vol de technologies.
La question des exportations est aussi source de tensions entre la France et l’Allemagne. Tandis que Paris souhaite pouvoir exporter le SCAF comme il l’entend, Berlin possède une politique restrictive en la matière. Pour Sébastien Lecornu, auditionné le 11 juin 2025 à l’assemblée nationale, “demain, si on a envie d’exporter le SCAF, il est impensable qu’il y ait un blocage d’un autre pays”.
Aucune avancée n’a été annoncée à l’occasion du salon du Bourget 2025. Les entreprises concernées par le projet SCAF ont en revanche multiplié les prises de parole à cette occasion. Le PDG d’Airbus Allemagne a affirmé que, faute d’évolution d’ici la fin de l’année, “il nous faudra peut-être reconnaître que cela ne fonctionne pas”. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation estime de son côté que les industriels français seront, au besoin, capables de réaliser un avion de 6e génération, seuls. L’avenir du SCAF reste donc incertain.