Les deux belligérants se partagent aujourd’hui le territoire : les Houthis contrôlent la capitale, Sanaa, depuis septembre 2014, tandis que le gouvernement exerce son autorité principalement dans le sud. Le conflit trouve ses origines en 2004, lorsque les chiites, représentant environ 40 % de la population, s’estimaient marginalisés dans la vie politique du pays, ce qui a conduit à une première révolte. Dans le contexte des printemps arabes de 2011, Al-Qaïda a accru son influence au cœur du pays, créant ainsi une troisième zone de contrôle sur le territoire.
En mars 2015, une coalition dirigée par l’Arabie saoudite et soutenue par les Émirats arabes unis a lancé une campagne de bombardements contre les Houthis. Cette opération, baptisée « Restaurer l’Espoir », est toujours en cours. Avec le temps, cette alliance s’est progressivement fragmentée : d’un côté, le Conseil de transition du Sud (CTS), un groupe prônant l’indépendance du Yémen du Sud et soutenu par les Émirats ; de l’autre, le gouvernement yéménite, soutenu par l’Arabie saoudite.
Dans ce contexte, les civils restent les principales victimes du conflit. Sur les près de 40 millions d’habitants, l’UNICEF estimait en 2025 que 19,5 millions de personnes, dont 10,8 millions d’enfants, avaient besoin d’une aide humanitaire urgente. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, le Yémen constitue la cinquième crise mondiale la plus grave en matière de déplacements de populations. Pendant cette guerre, le PIB par habitant a chuté de 54 % entre 2015 et 2023, plaçant le pays au quatrième rang des plus pauvres au monde en 2025, selon le FMI. Près de 80 % de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté, rendant une grande partie des Yéménites incapables de subvenir à leurs besoins alimentaires.
La multiplication des acteurs armés aggrave les pertes civiles, notamment en raison des bombardements aériens, comme ceux menés par l’Arabie saoudite contre les séparatistes le 2 janvier 2026, qui ont fait au moins 20 morts. Ces frappes ont également gravement endommagé les infrastructures civiles. Le Programme alimentaire mondial estime que près de la moitié des hôpitaux ne sont plus en état d’accueillir des patients. Ce manque d’infrastructures de santé favorise le développement d’épidémies au sein d’une population déjà fragilisée, notamment par le choléra, la rougeole et la diphtérie.
Les États-Unis jouent aussi un rôle clé dans ce conflit. Entre bombardements et réduction des fonds alloués à l’aide humanitaire, les actions de Washington aggravent la crise humanitaire. Longtemps premier bailleur de fonds de l’aide humanitaire au Yémen, les États-Unis ont massivement réduit leurs financements, notamment après le démantèlement de l’USAID et l’annulation de la majorité de ses programmes. Ce retrait a eu des conséquences immédiates sur l’accès à l’aide alimentaire, sanitaire et sociale, en particulier dans les zones les plus touchées par les combats.
Ces facteurs compliquent l’action humanitaire sur le territoire. Outre l’insécurité persistante, les organisations internationales font face à des entraves directes imposées par les Houthis, qui détenaient encore 73 membres du personnel de l’ONU le 14 janvier 2026. En juillet 2024, 15 organisations humanitaires réparties dans 14 districts géraient 26 programmes dans le gouvernorat d’al-Hodeïda. Cependant, après la suspension des activités de l’ONU et la désignation des Houthis comme organisation terroriste par les États-Unis, ce nombre a chuté : un an plus tard, seules deux organisations étaient encore actives dans trois districts.
Des migrants venus d’Afrique se retrouvent également pris dans ce conflit en tentant de rejoindre les pays riches du Golfe. Originaires principalement d’Éthiopie, ces réfugiés sont détenus, maltraités, voire tués, faisant de cette route migratoire la plus dangereuse au monde. En avril 2025, une frappe aérienne menée par les Émirats arabes unis sur un centre de rétention de migrants a tué 68 personnes et blessé 47 autres dans le gouvernorat de Saada. Après cette attaque, les Houthis ont abattu 16 détenus en fuite et en ont blessé 50 autres, selon l’ONU.
Cette crise transforme durablement la vie des populations locales. Selon Peter Hawkins, représentant de l’UNICEF au Yémen, « le conflit au Yémen a volé des enfances, brisé des avenirs et condamné toute une génération à lutter pour sa survie. »