En retour, les autorités américaines accusent l’aviation vénézuélienne d’avoir survolé l’un de leurs navires de guerre dans les eaux internationales et affirment que leurs opérations visent uniquement des navires liés au crime organisé afin d’« empêcher que la drogue n’inonde les États-Unis ». La séance s’est conclue par un appel au calme du responsable de l’ONU pour les affaires politiques sur le continent américain, Miroslav Jenca, invitant à résoudre les différends par « des moyens pacifiques » respectant le droit international. Mais cela sera-t-il respecté ?
Les tensions entre les deux pays relèvent d’une rivalité bien plus ancienne. L’ancien président Hugo Chavez, élu en 1998, rompt le partenariat historique avec les États-Unis et nationalise le pétrole, alors que depuis le début du XXe siècle, l’entièreté du pétrole du Venezuela leur revenait. Le symbole de cette rupture est clair : lutter contre l’impérialisme américain. Mais en 2002, l’anti-américanisme d’Hugo Chavez se renforce. Ce dernier est victime d’un coup d’État avorté par des opposants du régime, soutenus et reconnus par Washington. Après ce coup d’État, Chavez expulse la DEA (Agence fédérale américaine de lutte contre la drogue) et les tensions s’accélèrent jusqu’à la fermeture de l’ambassade américaine au Venezuela. À partir de la crise de 2008, le pays sombre dans une profonde crise économique et le trafic de drogue s’impose. La chute s’accentue avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Maduro, héritier d’Hugo Chavez. Alors que le pays plonge dans la récession, les États-Unis renforcent les sanctions, limitant l’accès du Venezuela au marché financier international. Ces sanctions sont élargies en 2019, après la réélection de Nicolas Maduro en 2018, dans le but de le forcer à quitter le pouvoir, car Washington considère que les élections ont été falsifiées. Cette année marque un nouveau tournant dans les relations entre les deux pays lorsque les États-Unis reconnaissent Juan Guaido, opposant politique de Nicolas Maduro, comme président vénézuélien par intérim. C’est dans ce climat de crise qu’en août 2025, une présence militaire importante a été signalée dans le sud des Caraïbes par Caracas, capitale du Venezuela.
Au-delà du narcotrafic, selon Christophe Ventura, les intentions de Washington sont motivées par des raisons politiques et géopolitiques. Depuis le 8 août 2025, la tête de Nicolas Maduro est mise à prix par le département de la Justice américain. Donald Trump considère que le Venezuela est un narco-État terroriste, c’est-à-dire un État organisé autour du trafic de drogue. Il accuse Nicolas Maduro d’en être à la tête, notamment de diriger le cartel de Los Soles. Toutefois, selon Jeremy McDermott, journaliste et cofondateur d’InSight Crime, personne ne dirige ce groupe, d’autant plus que les cartels ne travaillent pas ensemble, ce qui rend impossible que Maduro dirige plusieurs cartels à la fois.
Un autre argument avancé par Donald Trump est contesté. Selon sa stratégie, s’attaquer au trafic de drogue du Venezuela permettrait de protéger le pays « contre ceux qui tentent d’apporter un poison mortel ». Or, le rapport de l’ONUDC (programme antidrogue et contre le crime de l’ONU) de 2025 démontre que le pays qui produit le plus de drogue est la Colombie et que les cargaisons de cocaïne transitent davantage par la côte pacifique de l’Amérique du Sud que par le territoire vénézuélien. Par exemple, en Équateur, premier pays exportateur de drogue, 57 % des conteneurs de bananes en provenance de Guayaquil transportent de la cocaïne vers la Belgique. Donald Trump mène donc une politique antidrogue contre le Venezuela sans s’intéresser à la Colombie, qui représente 70 % de la production mondiale de cocaïne, ni à l’Équateur, aujourd’hui premier exportateur.
Considérant Nicolas Maduro comme un narcotrafiquant, Donald Trump souhaite la chute de son gouvernement. Cela s’explique d’autant plus que le Venezuela s’oppose fermement aux États-Unis en adoptant une posture anti-impérialiste qui dérange Donald Trump. Mais plusieurs analystes soulignent qu’au-delà du discours antidrogue, le contrôle du pétrole au Venezuela constitue surtout un enjeu stratégique pour Donald Trump. Le Venezuela possède l’une des plus grandes réserves de pétrole du monde, auxquelles les États-Unis n’ont plus accès depuis Hugo Chavez. Selon une étude de GeoSphere Austria de 2024, le pays se positionne comme l’un des trois pôles stratégiques, aux côtés de l’Arabie saoudite et de l’Iran, avec 17,1 % des réserves mondiales de pétrole.
Aujourd’hui, le pays qui bénéficie en grande partie du pétrole vénézuélien est la Chine (90 %). Son rapprochement avec la Chine et la Russie, qui lui fournit des armes, inquiète Washington. En renversant le gouvernement de Nicolas Maduro, Donald Trump empêcherait Pékin et Moscou de consolider leur influence sur les pays d’Amérique latine, sa « arrière-cour », selon Marco Rubio, actuel secrétaire d’État. Ainsi, même si le déploiement militaire actuel des États-Unis n’est pas suffisant pour envahir le sol vénézuélien, leurs actions militaires peuvent se poursuivre compte tenu de leurs moyens considérables. Le Venezuela affirme être prêt à réagir en cas d’attaque et a annoncé la mobilisation de 4,5 millions de soldats à ses frontières. Selon NBC et Democracy Now, des responsables militaires américains envisagent même des frappes de drones à l’intérieur du pays.