Quel est l’état des relations entre la Chine et l’Iran ?

À la suite des frappes aériennes américaines sur les centres nucléaires iraniens en juin 2025, le ministère des Affaires étrangères chinois s’est contenté, à ce stade, de “condamner fermement” cette attaque, qui conduit à “une escalade des tensions au Moyen-Orient". La réaction de la Chine illustre bien l’état des relations entre Pékin et l’Iran. Les deux pays entretiennent un partenariat stratégique servant leurs divers intérêts mutuels, plutôt qu’une véritable alliance. Pourtant, il existe un déséquilibre dans cette relation, puisque les sanctions occidentales contre l’Iran l’affaiblissent vis-à-vis de la Chine et de la scène internationale. Ainsi, la Chine doit veiller à ce que ses liens avec l’Iran ne deviennent pas une source de tensions trop importante avec Washington.

Téhéran et Pékin se retrouvent sur une posture commune d’anti-occidentalisme malgré des valeurs antinomiques, surtout depuis 2012 et l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping. Pour l’Iran, la Chine est un moyen de contourner les conséquences politiques et économiques des sanctions américaines imposées depuis 1995. Pékin est, par exemple, acheteur de 90 % du pétrole exporté par l’Iran, profitant des sanctions internationales pour bénéficier d’hydrocarbures à bas prix, faisant de la Chine son principal partenaire économique. Les deux pays ont également établi, en mars 2021, un partenariat stratégique global s’étalant sur 25 ans, pour un montant de 4 milliards de dollars. Le marché iranien permet aussi à la Chine de vendre des voitures, des biens de consommation et des caméras de surveillance. Sur le plan politique, la Chine a appuyé la candidature de l’Iran pour intégrer l’Organisation de coopération de Shanghai, une organisation politique et économique regroupant plusieurs pays asiatiques.

Pour autant, cette convergence des intérêts sino-iraniens n’est pas un alignement total. Étant seulement le 38ᵉ partenaire commercial de la Chine, le lien avec l’Iran est un lien parmi d’autres pour le régime. Ce dernier cherche principalement à stabiliser la région afin de garantir un approvisionnement continu en hydrocarbures. À l’inverse, l’Iran est très dépendant de ses revenus pétroliers, ce qui conduit à une certaine asymétrie dans la relation entre les deux États. 

L’intensification de ces relations s’inscrit alors dans le projet plus large des “nouvelles routes de la soie”, projet stratégique chinois initié en 2013, qui vise à relier économiquement la Chine à l’Europe. Ainsi, Pékin continue, par exemple, d’entretenir des relations avec les rivaux régionaux de l’Iran. Elle a joué le rôle de médiateur dans la mise en place d’un accord diplomatique entre Téhéran et l’Arabie saoudite en 2023, alors même que l’Arabie saoudite est le plus grand rival de l’Iran. Selon Christopher Chivvis et Jack Keating, chercheurs au Carnegie Endowment for International Peace : « L’Iran fait partie d’une stratégie plus large pour la Chine, laquelle consiste à augmenter son influence au Moyen-Orient pour sécuriser des marchés et une offre stable et diversifiée en énergie. »

Vous aimez lire nos décryptages ?

Soutenez-nous ! Parce que nous sommes un média :

Nos Dernières Synthèses

Quel est l’état des relations entre la Chine et l’Iran ?

Téhéran et Pékin se retrouvent sur une posture commune d’anti-occidentalis...

Comment la représentation des violences sexuelles a-t-elle évoluée dans l'ère post-MeToo ? 

Il n’a pas fallu attendre MeToo pour parler des VSS au cinéma. De multiples scèn...

Palestine : que représente la reconnaissance par la France d’un nouvel État ?

Plus de 75 ans après l’échec du plan de partage de l’ONU et la solution à deux É...

Rejoignez notre communauté

Recevez chaque semaine nos derniers dossiers, grands entretiens et décryptages dans votre boite mail !