LA REVUE DEMOS

Comment Hollywood a-t-il prédit la crise écologique à travers Soylent Green ? 

En 1973, sort des studios hollywoodiens un film de science-fiction novateur : Soylent Green. Il s’empare d’une question encore relativement nouvelle pour l’époque, celle de l’environnement et, surtout, de sa dégradation par l’homme. En présentant 2022 comme un futur apocalyptique, caniculaire, surpeuplé et en pleine crise des ressources, Soylent Green (Soleil vert en français) résonne aujourd’hui avec une troublante actualité.

En imaginant une planète suffocante, ce film visionnaire constitue un premier cri d’alarme dans le monde du cinéma sur la situation écologique.

Pour son film, le réalisateur Richard Fleischer s’inspire du roman dystopique Make Room! Make Room! de Harry Harrison, sorti dans les années 1960. Comme Soylent Green, il présente une Terre polluée, surpeuplée, où le manque de ressources oblige les humains à se nourrir d’aliments exclusivement synthétiques. Soylent Green reprend ce cadre, mais place son histoire à New York, ville étouffée et étouffante, tant par la pollution que par les 40 millions d’âmes entassées dans cette cité qui semble déborder. La crise climatique engendre une crise politique et sociale majeure : la population vit dans la pauvreté et la violence, et subit la corruption d’une élite autoritaire. L’écart se creuse entre une population pauvre et affamée, qui s’entasse dans les cages d’escalier des immeubles, et une minorité de riches ayant accès à des logements spacieux, protégés, ainsi qu’aux rares aliments naturels encore disponibles. Face à la raréfaction des denrées, la majorité de la population consomme des tablettes synthétiques, le Soylent Green, produites par la toute-puissante firme Soylent Company.

Dans cette atmosphère asphyxiante se joue une enquête policière. Chargé d’élucider le meurtre de l’un des rares privilégiés, le détective Thorn – joué par la star hollywoodienne Charlton Heston – découvre peu à peu l’étendue de la corruption qui gangrène le système et la réelle gravité de la crise écologique. On découvre alors une société au bord du gouffre qui, faute de denrées alimentaires, en vient à recourir à l’anthropophagie. La vérité accablante éclate dans la scène finale : « Soylent Green is people », la compagnie Soylent recycle les morts pour fabriquer ses produits alimentaires.

Ce film se saisit, de manière spectaculaire, de la question environnementale, alors que le terme reste encore relativement nouveau dans le vocabulaire du grand public. Soylent Green participe à sa manière à la sensibilisation et à la prise de conscience, encore très progressive, des problèmes environnementaux dans les années 1960 et 1970.

Il intervient à un moment où les alertes des scientifiques se multiplient. En 1962, Rachel Carson publie son célèbre Printemps silencieux et met en garde contre l’utilisation massive des pesticides, qui détruisent peu à peu les écosystèmes. En 1968, le professeur Paul Ehrlich publie The Population Bomb et alerte sur la menace d’une surpopulation susceptible d’entraîner des famines. Cette thèse résonne avec les préoccupations de l’époque, dans un contexte où les populations des pays occidentaux augmentent rapidement, avant de s’essouffler à mesure que le baby-boom ralentit.

Réchauffement climatique, crise des ressources, dégradation de la biodiversité et de la nature, et leurs conséquences pour l’homme… autant de sujets encore peu connus du grand public qui deviennent ici le cadre central d’un film hollywoodien.

Le film sort également à une période où l’environnement devient un véritable enjeu politique et social, au niveau national et international. Au début des années 1970, les gouvernements commencent à créer des administrations chargées des questions environnementales, tandis que les instances internationales s’emparent du sujet. En 1972 a lieu la conférence de Stockholm, organisée par l’ONU : l’environnement s’impose alors comme une préoccupation mondiale. La même année, le Club de Rome publie le rapport Les Limites à la croissance (dit rapport Meadows), qui met en lumière les conséquences environnementales et sociales d’un système économique fondé sur l’idée d’une croissance infinie.

L’environnement devient ainsi un sujet qui touche un public de plus en plus large, et l’inquiétude grandit. Aux États-Unis, le 22 avril 1970, des millions d’Américains se rassemblent pour célébrer le premier Earth Day et alerter sur la dégradation de l’environnement.

Le film aborde aussi des sujets relevant d’une branche alors très peu connue de l’écologisme : l’écoféminisme. Dans le récit, certaines femmes ont un statut particulier : réduites à de simples « meubles », elles sont associées aux appartements des élites et traitées comme des biens. À travers cette mise en scène, Soylent Green esquisse un parallèle entre la domination des femmes et celle de l’environnement, tous deux soumis à un système de prédation et de contrôle.

Même si Soylent Green eut un succès mitigé à sa sortie, il est aujourd’hui perçu comme un film visionnaire, l’un des premiers à avoir réellement tiré la sonnette d’alarme sur la situation environnementale. Si Hollywood s’est saisi de cette question avec Soleil vert, il s’en est pourtant progressivement éloigné. Hollywood, en plus d’être une industrie très polluante, semble donc toujours manifester son attachement à une croyance persistante dans le progrès.

Vous aimez lire nos décryptages ?

Soutenez-nous ! Parce que nous sommes un média :

Nos dernières Synthèses

De quelles manières l’État australien reconstruit-il son influence régionale à travers la question climatique ? 

Du 9 au 20 novembre 2026 aura lieu la « COP31 », ou conférence d’Antalya sur les changements climatiques. Ce sera l’occasion pour les 197 États parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) de se réunir une nouvelle fois pour discuter et adopter les mesures jugées nécessaires pour tendre vers les objectifs fixés par les conventions internationales précédemment adoptées en la matière. Si cet événement s’inscrit dans la droite lignée des 30 Conférences des Parties...

La révolte des « cafards » en Inde : de la fuite des cerveaux à la contestation interne ? 

25 juillet 2025, New Delhi. Après sept semaines de manifestations, le ministre indien de l’Éducation, Dharmendra Pradhan, a annoncé sa démission dans la journée. Alors que le Premier ministre Narendra Modi assiste à la pire crise politique du pays depuis sa réélection en 2024, les membres du Parti des cafards savourent leur première victoire. Né sur les réseaux sociaux en mai 2026 et d’origine satirique, ce nouveau parti a rapidement rassemblé la génération Z. S’adressant en priorité aux jeunes diplômés,...

La rencontre Trump-Zelensky du 28 juillet annonce-t-elle un repositionnement stratégique des États-Unis en Ukraine ?

Le 28 juillet 2026, Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine, retrouve Donald Trump à la Maison-Blanche pour un entretien très attendu d’une heure, dans le Bureau ovale. Plus de quatre ans après le début de l’invasion russe de février 2022, et après une relation bilatérale longtemps marquée par la défiance, la rencontre a été qualifiée de « positive et productive » par la porte-parole de la Maison-Blanche. En février 2025, à peine un mois après son investiture, Donald Trump recevait déjà...

Comment les drones marins révolutionnent-ils la surveillance de la biodiversité dans les régions polaires ?

Dans les régions polaires, la révolution des drones marins ne tient pas seulement à l’absence d’équipage. Leur avantage est politique autant que scientifique : ils restent en mer durant des semaines, atteignent des zones dangereuses et répètent les mesures pour un coût logistique et environnemental inférieur à celui d’un navire. Échosondeurs, caméras, hydrophones et capteurs produisent ainsi des données plus continues sur les espèces et leur habitat. Mieux observer permet de fixer des quotas, de fermer une pêcherie, de délimiter...

Comment la gentrification à Mexico redéfinit-elle les enjeux migratoires du pays?

En 2024, la ville de Mexico a été classée par The Economist comme la 16e ville la plus chère au monde, devant des villes tout autant populaires et attirantes comme Milan et Washington D.C. Si cette hausse des prix pourrait signifier pour certains une redynamisation de la ville et une hausse de la qualité de vie, pour la classe moyenne mexicaine, cela implique de se confronter au déplacement et à la transformation de l’identité urbaine de Mexico. À partir de...

Dans quelle mesure la Syrie peut-elle devenir un acteur clé de la reconfiguration des routes énergétiques ? 

Le blocus du détroit d’Ormuz par l’Iran, déclenché en mars 2026 dans le sillage de l’escalade militaire avec les États-Unis, a brusquement privé les marchés mondiaux d’une artère où transitent habituellement 20 millions de barils par jour. Face à ce goulot d’étranglement naval et aux menaces houthistes persistantes en mer Rouge, Bagdad, Washington et plusieurs chancelleries européennes réorientent en urgence la cartographie énergétique régionale. Au centre de ce redéploiement logistique se trouve la Syrie. Depuis la chute du régime de...

Malgré l’ACEUM et l’accord de Turnberry, pourquoi Trump impose-t-il de nouveaux droits de douane au Canada et à l’UE ?

Voici ton texte corrigé, avec uniquement les fautes d’orthographe et de grammaire rectifiées, sans modification du sens ni ajout d’informations : Le 20 juillet 2026, Donald Trump a signé un décret imposant 50 % de droits de douane supplémentaires sur une série de produits canadiens, du vin au ciment en passant par les crosses de hockey, applicables dès le 19 août prochain. Quatre jours plus tard, le 24 juillet, entrait en vigueur un droit additionnel plafonnant à 10 % la...

L’Europe est-elle prête à affronter un monde d’extrême chaleurs ?

Alors que les flammes ont ravagé les forêts de Fontainebleau et de Gironde cet été, et après que l’Europe a connu les mois de juin et de juillet les plus chauds jamais enregistrés (article écrit le 6 août 2026), la question de sa préparation face aux vagues de chaleur extrême se pose de manière urgente. Sur tout le continent, les coûts humains et environnementaux liés à ces épisodes caniculaires se font sentir. En Espagne, douze personnes sont décédées en juillet...

Que reste-t-il de la “politique arabe” de la France ?

La « politique arabe » de la France désigne la part de sa politique étrangère orientée vers le monde arabe, compris comme un tout, du Maroc à la frontière irako-iranienne. Elle se caractérise par une volonté de nouer des relations de confiance particulièrement étroites, qui différencieraient la France des autres pays. Son point de départ se situe en 1967, lorsque le général de Gaulle, à rebours des autres pays occidentaux, condamne l’occupation des territoires palestiniens par les troupes israéliennes à...

Dans quelle mesure le cadre juridique international redessine-t-il les rapports de force géopolitiques autour de la reconstruction syrienne ?

Depuis la chute de Bachar el-Assad le 8 décembre 2024, la reconstruction syrienne est devenue un chantier où chaque levée de sanction ouvre un marché : Washington, l’ONU et l’UE démantèlent en parallèle, mais à des rythmes différents, l’architecture de sanctions bâtie depuis les années 2000. Côté américain, Washington abroge le 10 octobre 2025 le Caesar Act — en vigueur depuis 2020 — porté par le représentant Wilson avec l’appui de l’émissaire Thomas Barrack ; Rubio avait déjà révoqué en...