Depuis décembre 2025, Xi Jinping a ainsi reçu successivement Emmanuel Macron, le Premier ministre britannique Keir Starmer, le chancelier allemand Friedrich Merz, en février, ainsi que le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, en avril.
Conscient que la Chine est aujourd’hui le principal partenaire économique et diplomatique de l’Iran, Donald Trump s’est rendu à Pékin afin de solliciter l’appui de Xi Jinping sur plusieurs dossiers sensibles du Moyen-Orient. Le président américain espère notamment que l’influence chinoise sur Téhéran pourra contribuer à garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz et à favoriser les conditions d’un règlement négocié des conflits qui secouent la région.
La visite des dirigeants russe et américain permet à la Chine de renforcer son image à l’international. Dans un contexte marqué par les difficultés de l’administration américaine et l’instabilité de sa politique étrangère, la stratégie chinoise consiste à occuper un espace diplomatique laissé vacant par Washington. Pékin s’efforce ainsi de renforcer sa crédibilité internationale en se positionnant comme un interlocuteur incontournable dans la gestion des crises et la promotion de solutions négociées.
La visite de Vladimir Poutine à Pékin vise avant tout à consolider le partenariat stratégique sino-russe. Déjà étroite avant 2022, la coopération entre les deux pays s’est considérablement renforcée depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine et l’adoption de sanctions occidentales contre Moscou. Les échanges économiques, énergétiques et les grands projets d’infrastructures ont ainsi pris une importance croissante. Cette dynamique s’est notamment concrétisée par la signature, en mars 2023, d’un plan de coopération économique sino-russe à l’horizon 2030, visant à renforcer les échanges commerciaux, énergétiques et financiers entre les deux pays. En se rendant en Chine, le président russe cherche non seulement à approfondir les accords économiques et militaires existants, mais aussi à s’assurer que le rapprochement observé entre Washington et Pékin ne se traduira pas par un rééquilibrage diplomatique susceptible de fragiliser les intérêts russes. Pour Moscou, il est essentiel de préserver la solidité de son partenariat avec la Chine dans un contexte d’isolement relatif vis-à-vis des pays occidentaux.
Bien que Donald Trump et Vladimir Poutine aient été reçus à Pékin à seulement trois jours d’intervalle, la nature des relations qu’entretiennent leurs pays respectifs avec la Chine demeure profondément différente. Pour les États-Unis, la Chine est avant tout un concurrent stratégique avec lequel il est nécessaire de dialoguer sur certains dossiers internationaux ; les deux puissances maintiennent ainsi des canaux de communication sur des enjeux tels que la stabilité de la péninsule coréenne ou encore la prévention d’une escalade militaire dans le détroit de Taïwan. Pour la Russie, en revanche, Pékin est devenu un partenaire indispensable sur les plans économique, financier et technologique. Cette différence se reflète dans l’intensité des échanges entre les dirigeants. La visite de Donald Trump constitue la première d’un président américain en Chine depuis 2017, tandis que Vladimir Poutine s’y est rendu à vingt-cinq reprises sur la même période. Cette fréquence exceptionnelle témoigne du rapprochement progressif entre Moscou et Pékin et du caractère privilégié de leur partenariat stratégique.
Malgré leurs différences, ces deux rencontres s’inscrivent dans une même dynamique : l’affirmation de la Chine comme puissance centrale du système international. En recevant successivement Donald Trump et Vladimir Poutine, Xi Jinping illustre la stratégie d’équilibre poursuivie par Pékin, consistant à entretenir des relations avec des puissances rivales afin de préserver sa marge de manœuvre diplomatique et de s’affirmer comme un acteur incontournable des grands enjeux internationaux. Comme le souligne le chercheur Jean-Philippe Béja, « ces rencontres permettent à la Chine d’apparaître à nouveau comme l’Empire du Milieu ».
Au-delà de cette mise en scène diplomatique, Xi Jinping cherche également à consolider l’image d’une Chine stable, prévisible et indispensable, couplée à l’épuisement des réunions multilatérales au sein des organisations historiques. Dans un environnement traversé par les rivalités économiques, les conflits géopolitiques et les crises militaires, Pékin entend se présenter comme un point d’ancrage essentiel pour de nombreux États. Pour Ding Yifan, expert des relations internationales, « la Chine est devenue un point de stabilité sur la scène internationale ».
La venue à Pékin des dirigeants américain et russe témoigne de cette centralité nouvelle. Cette dynamique avait déjà été illustrée plus tôt dans l’année par les visites successives de plusieurs dirigeants européens. Pékin apparaît ainsi de plus en plus comme l’un des principaux centres de gravité de la diplomatie mondiale, capable d’influencer l’évolution des grands équilibres géopolitiques contemporains.
