LA REVUE DEMOS

L’entrée de la Bulgarie dans la zone euro renforcera-t-elle sa stabilité ou exposera-t-elle ses fragilités économiques ?

Le mardi 8 juillet, un mois après avoir obtenu l’accord de la Banque centrale européenne (BCE), les ministres des Finances de l’Union européenne ont donné leur feu vert pour que la Bulgarie devienne le 21e membre de la zone euro. Tous les pays de l’Union européenne (UE) se sont engagés, en théorie, à adhérer à l’euro dès qu’ils remplissent les conditions, mais aucun calendrier n’est fixé. Le Danemark est, pour l’instant, la seule exception, ayant obtenu une clause d’exemption à la suite d’un référendum rejetant l’euro en 2000. La Bulgarie, qui a rejoint l’Union européenne en 2007, était quant à elle tenue de suivre le mécanisme d’adhésion à la zone euro.

En 2012, le ministre des Finances bulgare, Simeon Djankov, déclarait au Wall Street Journal qu’il ne voyait aucun bénéfice à entrer dans la zone euro, seulement des coûts. Il évoquait implicitement la discipline du currency board (un régime de caisse d’émission préconisé par le Fonds monétaire international) auquel la Bulgarie est soumise et qui se révèle particulièrement contraignant pour l’investissement public. Depuis 2020, la Bulgarie participe au mécanisme de change européen (MCE II), sorte de « salle d’attente » obligatoire avant l’adhésion à la zone euro, au sein duquel elle a confirmé la stabilité du lev, sa monnaie nationale depuis 1885. Considérée comme le pays le plus pauvre de l’UE, son passage à l’euro avait jusqu’ici été empêché en raison d’une inflation trop élevée sur fond de grave crise politique.

Le 4 juin 2025, la Commission européenne et la BCE ont confirmé que la Bulgarie remplissait les critères de convergence, dits critères de Maastricht, qui fixent les conditions économiques et juridiques nécessaires à l’adhésion à la zone euro.

La nation a dû justifier d’un degré de stabilité des prix durable, associé à un taux d’inflation moyen (observé au cours d’une période d’un an) ne dépassant pas de plus de 1,5 point de pourcentage celui des trois États membres (France, Irlande et Finlande) présentant les meilleurs résultats (respectivement 0,9 %, 1,4 % et 1,5 % en février 2025) et de 2 points pour le taux d’intérêt nominal moyen à long terme. Son déficit public prévu ou effectif ne devait pas dépasser 3 % du PIB et le ratio de la dette publique ne pas être supérieur à 60 % du PIB.

L’État a dû participer au MCE II pendant au moins deux ans, sans qu’il n’y ait d’écarts importants par rapport au cours pivot du MCE II (maximum 15 %) et sans dévaluer le cours pivot bilatéral de sa monnaie par rapport à l’euro. Au niveau juridique, sa législation nationale a dû se conformer au traité sur le fonctionnement de l’UE (TFUE) ainsi qu’aux statuts du Système européen de banques centrales (SEBC) et de la BCE. Le Conseil de l’Union européenne, et plus particulièrement les ministres des Finances des 27 États membres de l’UE qui composent le Conseil ÉCOFIN (Affaires économiques et financières), ont statué à l’unanimité pour valider son adhésion le 8 juillet 2025.

L’adoption de l’euro implique la fixation définitive du taux de change national, établi à 1,95583 lev pour 1 euro, identique à celui en vigueur depuis plusieurs années. Ce changement permet également le transfert de la politique monétaire à la Banque centrale européenne, ainsi qu’une coordination renforcée des politiques budgétaires. Elle engage aussi les États à gérer collectivement les crises, à éventuellement fournir une aide financière entre membres et à informer les citoyens sur les implications de l’euro dans leur vie quotidienne.

Malgré la volonté de la Bulgarie d’intégrer la zone euro depuis plusieurs années, son entrée prévue pour janvier 2026 suscite encore des divisions.

Au cours des dernières semaines, plusieurs milliers de manifestants se sont réunis dans les rues de la capitale, Sofia, pour exprimer leur opposition. Leur crainte ? Une flambée des prix — au risque de relancer la forte inflation observée après le début de la guerre en Ukraine — qui nourrit la colère des eurosceptiques. Selon l’enquête Eurobaromètre, publiée en mai 2025 par la Commission européenne, près de la moitié des personnes interrogées refusent l’entrée du pays dans la zone euro dès l’an prochain. Elle montre que l’opinion publique est très partagée sur l’euro, avec 50 % contre et 43 % en faveur.

Les partisans de l’euro mettent en avant la stabilité monétaire, l’intégration européenne renforcée et la protection contre les chocs extérieurs, notamment celui de la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Cet événement a entraîné une hausse brutale des prix de l’énergie ainsi qu’une incertitude d’approvisionnement en gaz dont la Bulgarie est fortement dépendante. Sur le plan de la stabilité monétaire, l’euro protégera le pays contre les fluctuations de change et renforcera sa crédibilité financière à l’international. Cette intégration à la zone euro envoie aussi un signal positif aux investisseurs, en particulier dans le secteur immobilier, déjà en plein essor. La fin de la procédure d’adhésion de la Bulgarie intervient alors que l’euro a gagné en valeur face au dollar, après les menaces répétées du président américain Donald Trump sur les droits de douane. Toutefois, cette transition s’accompagne de défis sociaux : le gouvernement devra soutenir la population afin de limiter les effets potentiels sur les prix et préserver la perception du pouvoir d’achat.

Vous aimez lire nos décryptages ?

Soutenez-nous ! Parce que nous sommes un média :

Nos dernières Synthèses

En quoi l’exploitation des ressources arctiques alimente-t-elle les tensions entre les États-Unis et l’Union européenne ?

Malgré les négociations en cours, de nombreux indicateurs suggèrent que ce conflit ne prendra pas fin dans un avenir proche. Le budget militaire russe pour 2026 est estimé à 168 milliards de dollars, et sera gonflé par la montée du prix du pétrole, tandis que l’Union européenne prévoit d’allouer près de 90 milliards d’euros d’aide militaire à l’Ukraine pour la période 2026-2027. Dans ce contexte, le système international semble entrer dans une phase de « chaos prolongé », marquée par...

Comment Hollywood a-t-il prédit la crise écologique à travers Soylent Green ? 

En imaginant une planète suffocante, ce film visionnaire constitue un premier cri d’alarme dans le monde du cinéma sur la situation écologique. Pour son film, le réalisateur Richard Fleischer s’inspire du roman dystopique Make Room! Make Room! de Harry Harrison, sorti dans les années 1960. Comme Soylent Green, il présente une Terre polluée, surpeuplée, où le manque de ressources oblige les humains à se nourrir d’aliments exclusivement synthétiques. Soylent Green reprend ce cadre, mais place son histoire à New York,...

Comment le film Bring Her Back interroge-t-il notre rapport au deuil ?

Les frères Philippou ne cachent à personne que le deuil d’Andy et de Piper n’est pas le seul en jeu : nous apprenons très vite que Laura a perdu sa fille, Cathy, elle aussi malvoyante, comme Piper. C’est à la jonction de ces deuils que la tension du film opère et ne lâche pas son auditoire. Il nous questionne : que se passe-t-il quand nous sommes incapables de regarder la mort en face ? Les réalisateurs de Bring Her Back avaient déjà...

En quoi l’abandon du projet franco-allemand d’avion du futur illustre-t-il les difficultés de bâtir une véritable industrie européenne de la défense ? 

Abandonné en raison de l’absence d’accord entre les industriels, cet échec de la coopération européenne montre les difficultés à bâtir une véritable industrie européenne de la défense. Lancé en juillet 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel, puis rejoint par l’Espagne en 2019, le SCAF est un programme visant à développer un système de combat de nouvelle génération. Associant un avion de chasse, des drones et un « cloud de combat », le projet avait pour ambition de remplacer le...

La photographie intime élevée au rang d’art majeur sous l’objectif de Nan Goldin 

Pas de distance entre la photographe et les photographiés, puisqu’elle vit les mêmes instants qu’eux, avec eux, en parfaite égalité et en totale empathie. Un regard sans l’ascendance parfois inhérente au médium. Pourtant, nul ne saurait qualifier son travail de « banal » ou y être indifférent, au point que Nan Goldin s’est érigée, depuis les années 70, en une figure incontournable de la photographie contemporaine, jusqu’à être exposée au Grand Palais à Paris en 2026. Qu’est-ce qui rend ces...

Pourquoi l’Union européenne accélère l’adhésion du Monténégro ? 

Depuis la fin des années 2010, et plus encore depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, la politique d’élargissement est redevenue un véritable instrument de puissance pour Bruxelles. En mai 2026, le ministre délégué français chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, la qualifiait même de « nécessité géopolitique ». Avec 16 des 33 chapitres de négociation clôturés à titre provisoire, le Monténégro est aujourd’hui le candidat le plus avancé de la région et espère rejoindre l’UE dès 2028....

Pourquoi la Coupe du Monde à Mexico soulève des tensions socioéconomiques dans le pays? 

Profitant de l’exposition médiatique offerte par le tournoi, plusieurs milliers d’entre eux ont bloqué les accès au stade Azteca deux jours avant le match d’ouverture entre le Mexique et l’Afrique du Sud. Les enseignants ont aussi bloqué plusieurs rues aux abords du Palais des Beaux-Arts et de la place emblématique du Zócalo. Le gouvernement de Claudia Sheinbaum a dénoncé une « provocation », tout en refusant dans un premier temps une répression policière directe. La Coupe du monde agit au...

Comment le film The Substance critique-t-il l’obsession de l’industrie culturelle pour la jeunesse ?

Elle doit faire face à un choix cornélien aux lourdes conséquences pour retrouver une jeunesse qui rime avec beauté. C’est à travers ces conséquences que la réalisatrice française Coralie Fargeat explore les limites de l’obsession pour la jeunesse éternelle et les standards imposés sur le corps féminin par l’industrie culturelle dans le film The Substance, sorti en 2024. Alors qu’elle est toujours complètement apte à assurer l’émission d’aérobic pour laquelle elle a consacré des années d’efforts, Elisabeth voit son contrat...

Coupe du monde de football 2026 en Amérique : quelle place pour les populations autochtones locales ? 

Pour la première fois dans l’histoire, celle-ci se déroule conjointement dans trois pays, tous marqués par la colonisation européenne : les États-Unis, le Canada et le Mexique. Pour l’occasion, chacune des nations hôtes revendique sa coopération avec les populations autochtones locales, une considération renouvelée qui n’efface pas les nombreuses inégalités de traitement à l’égard de ces communautés. Au programme : six milliards de téléspectateurs cumulés attendus et des retombées financières estimées à neuf milliards de dollars, selon Allianz Research. Cet...

L’UE dispose-t-elle des capacités nécessaires pour devenir compétitive en matière d’intelligence artificielle ?

Aux États-Unis, 410 milliards de dollars ont été investis en 2025 dans l’intelligence artificielle, et 650 milliards de dollars sont prévus en 2026 par les géants de la tech. Dans l’Union européenne (UE), l’initiative InvestAI a été annoncée en février 2025. Elle vise à mobiliser 200 milliards d’euros pour établir des gigafabriques d’IA, selon une logique de partenariat public-privé incluant un fonds européen de 20 milliards d’euros. Ces gigafabriques sont des structures réunissant moyens humains et technologiques au sein d’écosystèmes...